L’humour peut-il nous aider à traverser le deuil ?

On dit souvent que l’humour est une arme alors, comment l’humour, en tant qu’outil d’auto-dérision et de distanciation, peut-il nous aider à apprivoiser le deuil et à redonner du sens à la vie après une perte, sans pour autant minimiser la profondeur de la souffrance vécue ?

Une question audacieuse

L’humour est plutôt perçu comme un moyen de divertissement, pourtant, il peut se révéler une ressource profonde dans le processus de deuil. 

Le chemin de deuil implique des sentiments complexes et douloureux propres à chaque personne. Face à ces impacts émotionnels et à la charge cognitive et administrative, l’humour joue un rôle de contrepoids. ­Utiliser l’humour permet de :

  • soulager temporairement les émotions en offrant quelques minutes d’échappatoire tout en restant ancré dans la réalité,
  • contenir le chagrin momentanément en créant une distance momentanée avec le deuil,
  • poser un nouveau regard sur la finitude et l’aspect inéluctable de la condition humaine pour l’acceptation par la dérision. 

D’un côté, le deuil nous confronte à l’irrationalité de la mort et à l’injustice de la perte. De l’autre, l’humour touche à l’absurde autrement dit ce qui est contraire au bon sens, à la logique et à la raison.  En jouant avec l’absurde dans nos vies, l’humour peut devenir un moyen de réconciliation en proposant un nouveau regard sur les deuils. 

Pour discuter de ce sujet, j’ai échangé avec Sandra, clown depuis 2016 pour les associations Docteur Clown et Clown Z’Hôpitaux. Elle utilise le rire pour apporter réconfort, espoir et sens là où le silence et le tabou ont l’habitude de régner.

Rentrer à l’hôpital, c’est faire le deuil d’une santé idéale et idéalisée

Pour beaucoup, la maladie, surtout celle des enfants, paraît illogique, presque impossible. « C’est pour les autres, c’est dans les films« , jusqu’au jour où cet autre, c’est nous et ce film devient la réalité. Alors on doit franchir les portes du monde médical, dès lors le deuil s’invite.

Que le diagnostic soit curable, fatal ou qu’il s’agisse d’une hospitalisation de courte durée, il y a la perte d’une fausse idée, celle de la santé acquise.

Le clown permet d’aborder ce paradoxe avec légèreté. Il ne s’agit ni de se moquer de la maladie ou de la mort, mais plutôt de jouer avec elles, de trouver un moyen d’alléger l’émotion tout en restant dans l’écoute, la légitimité et le respect de la souffrance vécue.

En cela, l’humour devient un outil puissant pour nourrir la réflexion sur la vie et la mort, renforçant ainsi la résilience des individus face à l’épreuve du deuil.

Le rôle d’un clown et la puissance du rire face à la mort

Il faut savoir qu’être clown est un métier, cela ne s’improvise pas et demande des savoir-faire et des savoir-être ! Naturellement empathique, il est important de savoir gérer ses émotions. Cette sorte d’empathie à la juste distance lui permet de toucher l’autre sans se laisser submerger par sa souffrance.

Le clown, de par son masque et sa posture exagérée, ose aborder des sujets délicats, y compris la mort. « Le clown, c’est le seul qui peut vraiment parler de la mort, » affirme Sandra. Elle ajoute que c’est un personnage à l’humanité « dilatée », il exagère les émotions et crée un espace où l’absurde et le réel se rencontrent. En « jouant avec la mort« , le clown apporte une autre perspective sur ses sujets et les émotions associées.

La force du rire n’est pas de nier la réalité de la perte, mais de la rendre plus supportable.

L’humour est communicatif

Sandra partage qu’il arrive souvent que des enfants, en riant avec les clowns hospitaliers, libèrent un sourire qui finit par se propager à leurs parents. Ce moment de partage, aussi simple soit-il, a un effet guérisseur.

Le rire permet de retisser des liens sociaux et nous en avons tant besoin que le deuil, quelle que soit sa forme, frappe notre quotidien et occasionne fréquemment une forte solitude émotionnelle. L’humour crée des ponts qui remettent de la vie là où tout semblait figé dans la souffrance.

L’humour devient ainsi un catalyseur, où le deuil d’expérience individuelle se transforme en une dynamique partagée. La souffrance personnelle se transforme en espace de résilience collective.

Finalement, l’humour dans le deuil pourrait être davantage utilisé comme une manière de « désacraliser » la mort, non pour la minimiser, mais pour la réinscrire dans le cycle naturel de la vie.

Où trouve-t-on les clowns ?

En pédiatrie : remettre de la vie là où tout semble perdu

Dans les services pédiatriques, les clowns hospitaliers font face à l’injustice apparente de la maladie infantile. Quand un enfant souffre voire même qu’il est condamné par son diagnostic, le non-sens de la mort chez les enfants est un deuil en soi pour les parents et les équipes soignantes.

Le travail du clown consiste à réinsuffler de la vie, du rire et de la légèreté dans un contexte où le poids du désespoir pourrait écraser tout le monde. L’humour devient un outil pour dépasser l’absurdité et l’inéluctabilité de la finitude afin de reconnecter avec l’essentiel : l’amour et la vie, même dans des moments de crise.

En gériatrie : faire le deuil de soi

Nous en parlions dans l’épisode n°42 avec Noémie et dans cet article de blog : « Faire le deuil de soi, ça veut dire quoi ? ».

Les personnes âgées, en entrant en EHPAD, savent avec réalisme qu’elles sont plus proches de la fin que du début de leur vie. Pour autant, cela ne les empêche pas de vivre cette arrivée comme un déchirement, comme des deuils : c’est la perte de leur maison, de leur autonomie, de leur intimité, parfois même de leur identité.

L’EHPAD, décrit comme une « antichambre de la mort« , est un lieu où le deuil est omniprésent. Comment remettre de la vie dans la mort ? Sans nier cette réalité de notre finitude, l’humour redonne aux personnes âgées une forme de contrôle sur leur vie, une chance de profiter pleinement des derniers moments en faisant une place à la légèreté pour affronter l’inévitable.

Utiliser l’humour comme outil de résilience avant et pendant le chemin du deuil

Au-delà d’être pertinent pour faire face à une perte physique, matérielle, relationnelle ou humaine, l’humour ne masque pas la souffrance, il ouvre des espaces où les émotions peuvent s’exprimer de manière sereine. C’est aussi une ressource intéressante pour se préparer au deuil dans le sens, apprendre à l’accueillir et non se protéger de la douleur.

L’humour, lorsqu’il est utilisé avec sensibilité et respect, peut devenir un allié précieux dans ce processus de guérison. Sandra nous encourage à rire de soi et à ne pas avoir peur du rire dans des moments difficiles, car souvent, c’est précisément ce qui permet de traverser les moments les plus sombres avec un peu plus de lumière.

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