Deuil : étapes ou non étapes ?

Si tu traverses un deuil ou que tu en as vécu un dans le passé,
tu es certainement tombé d’une manière ou d’une autre sur les étapes du deuil.

Aujourd’hui, j’aimerai attirer à nouveau ton attention sur deux points :

  1. Ces étapes offrent des repères mais ne sont pas obligatoires
  2. Chaque personne vit son propre chemin de deuil

Les étapes du deuil : un parcours personnalisé

Je le répète presque à chaque article car il est primordial de se rappeler que le deuil est une expérience universelle dans son processus mais personnelle dans son vécu.

Les réactions émotionnelles, physiques et psychologiques qui découlent d’un deuil sont propres à chaque personne. C’est pourquoi il peut être difficile de « modéliser » le processus de deuil au risque de ne pas valider toute cette diversité d’expériences humaines. Il m’arrive de travailler avec des client.es pour qui le modèle des cinq étapes ne résonne pas et leur met une pression suppléméntaire :

  • Je n’ai pas traversé cette étape
  • Je ne ressens pas de colère
  • J’ai l’impression d’avoir accepté facilement
  • ou encore comme Johanna dans son témoignage à l’épisode n°62 : Je sais que mon proche est décédé mais j’ai la sensation que il/elle est toujours là.

Il est crucial de rappeler qu’il y a autant de chemins de deuil que d’être humains et que ces étapes ne sont pas obligatoires. Si elles sont aidantes pour vous, alors gardez les en repères. Sinon, il existe d’autres modèles qui peuvent vous aider à intégrer ce deuil pas après pas. J’en ai déjà parlé dans l’article sur les saisons du deuil mettant en lumière l’épisode 45 avec Clémence.

Le modèle en cinq étapes de Kubler-Ross :

Elisabeth Kübler-Ross, pionnière des soins palliatifs, nous offre dans les années 60 cette modélisation du deuil en cinq étapes. Cela fournit une structure utile pour comprendre certaines des émotions que les personnes endeuillées peuvent ressentir. Si vous ne le connaissez pas, en voici un bref résumé :

  1. Déni : c’est le refus d’accepter la réalité de la perte.
  2. Colère : envers le proche décédé, envers les institutions, envers soi, envers la vie…
  3. Marchandage : c’est une tentative de négociation pour retarder ou atténuer la douleur de la perte.
  4. Dépression : plutôt état dépressif, correspondant à une période de tristesse profonde et de désespoir.
  5. Acceptation : reconnaissance de la réalité de la perte et réinvestissement de la vie sans la personne décédée.

Des limites à ce modèle ?

Bien que ce modèle ait été fondateur et qu’il permet à de nombreuses personnes de comprendre les montagnes russes émotionnelles qu’elles traversent lors d’un deuil, il présente également des limites :

  • Le caractère séquentiel : implicitement, ce modèle est compris comme un processus linéaire où les étapes sont suivies dans l’ordre. Or, certaines étapes peuvent être tout simplement sautées car elles ne sont pas pertinentes dans le chemin de deuil unique d’une personne. Il est aussi possible que certaines étapes soient traversées à plusieurs reprises, dans un ordre totalement différent ou en se sentant dans plusieurs étapes à la fois.
  • Le caractère universel : en supposant ces étapes comme universelles, ne pas les suivre n’est « pas conforme à ce qui est attendu ». Les réactions au deuil varient selon les individus en raison de la culture, la personnalité, les circonstances du deuil, les ressources à disposition. En conséquence, ce qui se passe pour une personne peut ne pas avoir lieu pour une autre sans que cela soit anormal ou problématique.
  • Le risque de pression : ces étapes deviennent parfois un frein à l’acceptation et une charge mentale supplémentaire pour le deuil en cours. Mal compris, ce modèle instaure une sorte de pression sur « comment » devrait se dérouler un deuil : mais si je ne rentre pas dans les étapes, alors je ne fais pas mon deuil ? Autrement dit, cette base simplifiée d’explications peut créer des attentes irréalistes de guérison rapide chez les personnes endeuillés.

Enfin, il est important de rappeler que le modèle de Elisabeth Kübler-Ross a été développé à l’origine pour les personnes en phase terminale afin d’expliquer les émotions et processus en jeu lorsqu’elles étaient confrontées à leur propre mort.

Or, le deuil est bien plus vaste, en tout cas c’est ainsi que je l’aborde dans ma pratique d’accompagnement. Ces étapes ne sont pas forcément pertinentes pour parler de la perte d’un emploi, de l’arrêt d’une relation amicale, familiale ou amoureuse ou d’autres types de perte (déménagement, burn-out…).

⚠️ Attention, je ne blâme pas ce modèle et je souligne le travail fondateur de Elisabeth Kübler-Ross. Néanmoins, j’ai à coeur de rassurer les personnes qui ne se reconnaissent pas dans ces étapes : ne pas s’y reconnaître ne signifie pas que vous êtes bloqué(e) dans votre deuil.

Le deuil est personnel

Il existe des milliers de nuances dans un arc-en-ciel, comme il existe des milliers de chemins dans le deuil.

Quelques points clés pour regarder son propre chemin de deuil :

  1. Chaque deuil est unique : tout au long de notre vie, nous vivrons de multiples deuils sous de nombreuses formes. Chaque deuil sera influencé et coloré plus ou moins facilement par la relation au défunt (ou à la situation), les circonstances du décès (ou de la situation), les ressources de soutien disponibles à ce moment, l’état d’esprit au moment où survient le deuil…
  2. Les émotions varient comme des montagnes russes : à 10h, on se sent bien, à 12h, on se sent en colère, à 14h, c’est l’épuisement et à 18h, la tristesse s’installe… Chaque émotion est la bienvenue, laissons la se manifester sans la saisir ou sans essayer de suivre un ordre préétabli. Soyons à l’écoute de nous-même : de quoi avons-nous besoin quand cette émotion pointe le bout de son nez ?
  3. L’expression du deuil est personnelle : certaines personnes ont besoin d’exprimer ouvertement leur douleur, d’autres préfèrent garder leur sentiment de manière privée et introspective. Il n’y a pas une façon de faire meilleure qu’une autre : il y a votre façon de faire, celle qui vous permettra d’accepter ce deuil et de transformer le lien d’attachement à la situation ou au défunt.

Pour explorer d’avantage ces sujets, voici quelques articles qui peuvent t’intéresser :

Alors comment accompagner une personne en deuil ?

Garder à l’esprit que le deuil ne suit pas un chemin prédéfini vous permettra d’offrir un soutien plus adéquat :

  1. Écouter sans jugement : soyez simplement présent aux côtés de votre proche. Ne cherchez pas à donner des conseils non sollicités type si j’étais toi ou à minimiser ses émotions. Et si vous ne sentez pas d’être là simplement, confiez le, soyez honnête et osez partager votre impuissance face à la situation, votre proche comprendra certainement votre malaise et que vous faites de votre mieux.
  2. Respecter le rythme de la personne : comme expliqué tout au long de cet article, chaque individu a son propre rythme de guérison. Si vous parlez des étapes à votre proche, expliquez bien qu’il s’agit d’un modèle parmi tant d’autres et qu’il n’y a pas d’obligation ou de pression à suivre tel chemin plutôt qu’un autre.
  3. Soyez à l’écoute des besoins : quand vous êtes aux côtés de votre proche, demandez-lui ce dont il / elle a besoin sur l’instant : est-ce de parler pour se remémorer des souvenirs ou pour changer de sujets ? est-ce une aide pratique ou une présence silencieuse ? Laissez la personne ressentir ce qui est pertinent pour elle à l’instant présent.

Pour aller plus loin, rejoignez nous à l’atelier « Soutenir un proche endeuillé » le vendredi 29 novembre.

Bien entendu, les étapes du deuil proposées par Elisabeth Kübler-Ross fournissent une base importante pour comprendre certaines réactions du processus de deuil sans qu’elles soient exhaustives, universelles ou obligatoires. Si, comme Johanna mon invitée dans l’épisode n°62, tu ne te reconnais pas dans ces étapes alors je t’invite à écouter notre conversation pour relâcher la pression potentielle que tu te mets, te déculpabiliser et trouver tes propres ressources pour te reconstruire.

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