As-tu déjà pensé à ce que deviendrait toutes tes données quand tu quitteras ce monde ? ou à ce que sont devenues celles de ton proche décédé ?
As-tu déjà reçu des notifications automatiques des réseaux comme Facebook qui t’ont rappelé à un deuil ? Sais-tu combien de comptes nous créons en ligne au long de notre vie ?
As-tu une idée de ce que signifie la mort numérique ? Et la notion de cimetière numérique ?
Nous en parlons avec Nicolas, fondateur de Repos Digital, dans l’épisode n°47 du podcast.

J’imagine que tu as au minimum une adresse mail, un compte facebook, peut-être un compte Instagram ou Tiktok, un Drive, une page Linkedin, un site internet, des comptes de paris en ligne…
Et pour créer l’ensemble de ces comptes, tu as dû communiquer tes données personnelles (nom, prénom, date de naissance, numéro de téléphone, adresse mail et / ou adresse postale, données bancaires…). Toutes vos activités en ligne et les données associées, c’est ce que nous pouvons appeler : la « vie numérique« .
Comment définir la mort numérique ?
Notre quotidien est de plus en plus dématérialisé, notre ère est devenue numérique et nos vies s’entrelacent de plus en plus avec la technologie, alors se pose une question autrefois négligée : que se passe-t-il avec nos données en ligne après notre décès ?
A l’inverse de votre vie d’être humain, quand vous décédez, cette vie numérique continue à exister en votre absence et sans votre contrôle. Autrement dit, la mort numérique, c’est ce qui arrive à nos identités en ligne après notre décès (réseaux sociaux, emails, données financières, fichiers personnels…).
Tout comme nous gérons le décès d’une personne avec un service de pompes funèbres, il est important de s’occuper de la gestion de ses données. Sinon, elles peuvent perdurer longtemps après notre départ. Mais comment faire ? Comment retrouver la présence d’une personne en ligne ? Comment savoir les sites qu’elle fréquentait et les comptes créés ? Comment avoir accès aux mots de passe ?

Pourquoi la mort numérique est-elle importante ?
Pour comprendre les conséquences potentielles, prenons différentes perspectives.
- Au niveau émotionnel : n’avez-vous jamais reçu une notification par Facebook pour vous rappeler un souvenir ? Et ne vous est-il jamais arrivé que ce souvenir soit lié à une personne décédée dont le compte est encore activé ? Ou un rappel d’anniversaire… Vous n’avez pas le contrôle sur ses rappels, ils peuvent se manifester à un moment où vous n’aviez pas la place mentale, la force émotionnelle ou physique pour vous rappeler ce décès. Non pas que vous l’aviez oublié ! Vous êtes en train de vous reconstruire et c’est comme si Facebook vous disait : « Regarde, souviens toi comment c’était avant, ah c’était bien…« . La plupart du temps ces rappels font l’effet d’une atteinte à notre intimité.

- Au niveau éthique / légal : en restant actifs, nos comptes sont exposés à des risques de sécurité et de confidentialité (usurpation d’identité, piratage de comptes…)
- Au niveau financier : vous ou votre proche décédé aviez peut-être des comptes en ligne avec des sommes restées en attente (paypal, paris sportifs, cryptomonnaie, vinted…), cela fait partie de l’héritage financier de la famille, on peut parle « d’héritage numérique« .
- Au niveau écologique : on pense peu à cet aspect, et pourtant ! Toute donnée en ligne se doit d’être stockée sur un serveur, ce stockage consomme de l’énergie. Assez difficile à estimer, il est clair que toutes ces infrastructures ont un impact environnemental considérable. Cela pose une question : est-ce utile de consommer de l’énergie pour des données qui ne sont plus utilisées ?
Comment gérer votre présence en ligne après votre décès ?
Dès maintenant, vous comprenez certainement l’intérêt de penser à établir des directives claires, forme de testament numérique, comme nous le faisons pour nos directives anticipées et nos dernières volontés. Cela fût d’ailleurs le sujet d’un épisode avec Lucie Trottignon, accompagnante et célébrante funéraire : Comment penser sa propre mort ?
Sinon, vous pouvez toujours vous lancer dans un travail fastidieux en identifiant les comptes en ligne que vous détenez, vous informez vous sur les options de gestion de compte que chaque site vous propose et décider ce que vous souhaitez en faire après votre mort. Bon courage pour en effectuer la liste ! Néanmoins, si vous vous lancez dans cette tâche fastidieuse, profitez en pour répertorier tous vos mots de passe, cela sera utile à vos proches.

D’autres pistes : Vous pouvez utiliser un gestionnaire de mots de passe pour regrouper tous vos codes au même endroit. Sinon, il existe aussi des services de gestion de mort numérique comme Repos Digital, dont Nicolas Valsecchi l’un de ses cofondateurs est l’invité de l’épisode n°47 sur Holi&Thanato.
Comment gérer la vie numérique après le décès d’un proche ?
Avant même de gérer l’après vie numérique d’un proche décédé, vous allez faire face à des difficultés :
- L’identification et l’accès aux comptes : Avez vous les informations de connexion ? Connaissez-vous l’étendue des sites et abonnements que votre proche avez ? Une complexité légale peut rendre cette mission encore plus difficile : propriété des données en ligne, lois sur la confidentialité…
- Faire un choix sur la gestion des données : Faut-il supprimer les comptes ou préserver les souvenirs numériques de la personne décédée ?
- Pénétrer dans l’intimité de la personne : Tout comme si vous trouviez le journal intime d’un proche défunt, vous pourriez être tenté de l’ouvrir pour en découvrir le contenu. Il en est de même avec nos contacts en ligne et les messages échangés. Néanmoins, vous pourriez autant apprendre des choses qui vous réjouissent que d’autres qui vous déplairaient fortement…

Les fournisseurs de services en ligne ne sont pas toujours au clair sur ces questions. Les protocoles étant flous, vos démarches peuvent s’avérer être un vrai parcours du combattant en raison d’un manque d’informations et de communication sur les options possibles. Par exemple, saviez vous qu’il est possible de transformer un compte Facebook en page hommage avant de le supprimer définitivement ?
Ces difficultés peuvent compliquer le processus de deuil. Les enjeux se font à un double niveau :
- Les services en ligne doivent améliorer leurs politiques et leurs procédures pour faciliter la gestion des données après le décès d’un utilisateur tout en respectant ses droits et sa vie privée.
- Chaque utilisateur d’internet, autrement dit une grande majorité de la population, devrait se poser ses questions pour soi-même et réfléchir à un testament numérique afin de faciliter ses démarches pour ses proches.

En conclusion, s’intéresser à notre mort numérique ou gérer celle d’un proche décédé sont devenues des réalités incontournables dans notre monde moderne. En planifiant à l’avance et en prenant des mesures de notre vivant, nous nous assurons que nos données soient traitées conformément à nos souhaits. Nous soulageons aussi nos proches d’une charge émotionnelle dans un moment déjà difficile.
L’invitation est donc la suivante : allez-vous réfléchir à votre testament numérique ?
Pour aller plus loin dans la compréhension et la gestion de votre présence en ligne après votre décès, ne manquez pas l’épisode 47 de Holi & Thanato où j’ai eu l’opportunité d’interviewer Nicolas, cofondateur de l’entreprise Repos Digital, qui offre des solutions innovantes pour gérer votre héritage numérique. Dans cet épisode, mon invité nous partage son expertise sur la mort numérique et offre des conseils pratiques pour réfléchir efficacement et avec éthique à ces questions.
Cet article est en lien avec celui-ci : le numérique au service du funéraire.
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