
Cette phrase, tantôt attribuée à Sigmund Freud fondateur de la psychanalyse, tantôt à Jacques Salomé psychosociologue, résonne particulièrement dans le contexte des traumatismes et de leur impact sur notre bien-être émotionnel et mental.
Les traumatismes ont une manière insidieuse de s’insinuer dans nos vies, laissant des empreintes invisibles mais profondes sur notre psyché. Ce qui reste non exprimé, non traité peut se manifester de différentes manières :
- symptômes physiques (maux de tête chroniques, troubles gastro-intestinaux)
- symptômes émotionnels (anxiété, dépression, troubles de l’humeur)
Dans l’épisode n°38 du podcast Holi&Thanato, je reçois Amandine, victime d’un abus par son cousin à l’âge de 6 ans. Elle nous livre un témoignage poignant sans détails précis sur ce qui s’est passé mais davantage en tournant son regard sur les conséquences à long terme auxquelles elle fait encore face aujourd’hui. En racontant son histoire, elle souhaite passer un message : l’importance de témoigner après un abus (ou un traumatisme).

Briser le silence pour guérir
Lorsqu’on est victime d’un abus sexuel, qu’importe l’âge et les conditions, le poids du silence peut être accablant. Trop souvent, la honte, la peur et la culpabilité nous empêchent de parler de notre expérience. Pourtant, témoigner, en portant plainte ou non, est un pas crucial vers la guérison pour reconnaître l’événement et ses conséquences aux niveaux physique, émotionnel, psychologique, social…
Dans son témoignage, Amandine nous raconte que son esprit s’est protégé de cet événement jusqu’à son arrivée en 5ème. Ses premiers bisous d’adolescente ont amené les réminiscences. Bien qu’elle ait essayé d’en parler à sa mère pour se libérer de cette souffrance, ce qu’elle traversait n’a pas été légitimé ni entendu par ses proches. Ce mutisme et ce manque de soutien ont été des difficultés supplémentaires sur le chemin d’Amandine.
Lorsqu’une personne qui vit un traumatisme n’est pas prise en considération, cela l’empêche de se positionner comme victime de la situation. Dans le cas où la personne est discréditée sur ce dont elle témoigne, cela augmente le sentiment de colère, d’injustice, d’incompréhension et crée plus de difficultés pour emprunter un chemin de résilience. Cette non prise en considération peut mener à un isolement de la personne. Ce statut de « victime » est important pour légitimer des émotions et s’autoriser à demander de l’aide afin de se reconstruire.

Et si on en parle pas, que se passe-t-il ?
Si nous gardons un traumatisme enfoui en nous, nous risquons de le voir ressurgir de manière inattendue, souvent dans des moments de vulnérabilité ou nos capacités d’adaptation et de protection sont mises à mal.
C’est parfois ce qui se passe lorsque nous traversons un deuil qu’il s’agisse d’un décès ou d’une mort symbolique (maladie, divorce, licenciement, crise de sens…). Notre stabilité et notre sérénité sont ébranlées alors la souffrance que nous avions ignorée ou refusée par le passé se manifeste à nouveau et s’exprime pour se faire entendre.
Quand notre corps nous parle
Un abus sexuel laisse des traces profondes autant sur l’esprit, que sur le corps. Les traumatismes sexuels peuvent entraîner une gamme de réponses physiques, allant des douleurs chroniques, des troubles gastro-intestinaux, aux maux de tête fréquents, et même à des maladies psychosomatiques. Ces manifestations physiques sont souvent le reflet des émotions refoulées et des traumas non résolus.
Vers l’âge de 9 ans, Amandine n’a pas encore eu de réminiscences, mais elle déclenche de l’émétophobie, autrement dit, la peur de vomir. Suite à cet événement, elle se souvient avoir ressenti de la honte et du dégoût, elle n’arrivait pas à digérer ce qui s’était passé.
Pour se protéger, cette petite fille de 6 ans s’est mise à croire qu’elle devait être parfaite, qu’elle n’avait pas le droit à l’erreur et qu’elle ne pouvait plus se permettre d’exister. Inconsciemment, elle se met dans une démarche d’hyper-contrôle pour être toujours plus.
C’est plus tard qu’elle arrivera à décoder ce choc émotionnel et la signification de son émétophobie. Elle s’était privée d’exister mais elle avait besoin d’exister et ce symptôme lui permettait d’exister, d’être visible, d’avoir de l’attention, de l’amour et de l’écoute. On voit ici la puissance de cette phrase : tout ce qui ne s’exprime pas, s’imprime.
La guérison après un abus sexuel est un voyage holistique qui nécessite de prendre en compte le corps tout autant que l’esprit. En reconnaissant et en honorant les sensations physiques liées au traumatisme, nous pouvons commencer à libérer les émotions emprisonnées dans notre corps. Des pratiques telles que la méditation, le yoga, l’art-thérapie et la thérapie corporelle peuvent nous aider à renouer avec notre corps et à libérer les tensions accumulées.

L’importance de l’expression
Fermer les yeux sur les souvenirs douloureux que nous avons vécus et refouler nos émotions créent un cercle vicieux qui peut entraîner des comportements inadaptés et de potentielles difficultés à maintenir des relations saines et épanouissantes.
Permettre à nos traumatismes d’être exprimés, c’est s’offrir la possibilité de cicatriser nos blessures, c’est reconnaître leur existence et légitimer les vécus qu’ils ont créés. En explorant ce poids émotionnel, je m’autorise à m’en libérer pour avancer vers la guérison et la résilience.
Il est important de reconnaître que l’expression des traumatismes n’est pas toujours facile à faire seul(e) en autoanalyse. Il est parfois nécessaire de trouver un soutien professionnel pour explorer ces traumatismes dans un cadre de confiance sécurisé et bienveillant. Si tel est votre besoin, je me tiens à votre disposition lors des séances découverte gratuites .
Selon les ressources et le vécu, des pratiques pour et par soi-même telles que l’écriture, l’art-thérapie, la méditation ou le mouvement corporel, peuvent permettre d’explorer nos traumatismes de manière douce et constructive. Raconter et témoigner de son histoire est aussi un chemin de résilience qui permet de mettre une distance avec ce qui a été vécu, de remettre en perspective à l’échelle de notre vie et de partager son histoire pour se sentir utile aux autres. C’est ce qu’a fait Amandine 🎙️✨
Suivre et écouter le podcast :
Autres épisodes sur les traumas :
En savoir plus sur Sonothérapie • Expression émotionnelle • Développement des compétences psychosociales
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Un commentaire sur « Tout ce qui ne s’exprime pas s’imprime. »