Ce mercredi matin, je me suis rendue dans un centre social pour un atelier sonore avec des enfants.
Cinq familles étaient inscrites, les annulations sont arrivées. Finalement, nous nous sommes retrouvés avec seulement trois enfants.
Sur le papier, ce n’était pas tout à fait le groupe que j’avais imaginé. Et pourtant, c’est précisément ce qui a rendu l’atelier si particulier.
Parce qu’un atelier n’est pas seulement ce que l’on a préparé en amont, c’est aussi ce qui se passe une fois que les participants sont là.
Parfois, il faut savoir laisser la trame de côté pour suivre ce qui est en train de naître 🎶

Préparer une trame sans s’y enfermer
J’aime préparer mes ateliers. J’écris des trames, j’imagine des histoires, je réfléchis aux sons, aux instruments, aux interactions possibles et aux différentes étapes de l’expérience.
Cela me donne un fil conducteur. Mais une trame n’est pas un scénario auquel je dois absolument rester fidèle, c’est plutôt une carte 🗺️
Elle me permet de savoir où je souhaite emmener le groupe, tout en laissant la possibilité de prendre un autre chemin en cours de route. C’est une nuance importante dans mon métier.
Parce qu’en intervenant auprès de groupes, je ne sais jamais exactement qui sera là, dans quel état d’esprit, avec quelle énergie, quelles envies ou quelles idées… Et c’est justement là que l’adaptabilité devient une véritable compétence.
- Savoir modifier ce que l’on avait prévu.
- Changer de rythme.
- Simplifier une proposition.
- Laisser davantage de place aux participants.
Et parfois, accepter de ne pas savoir exactement où l’on va arriver.
Aujourd’hui, ma petite goutte devait s’appeler Perle

Pour cet atelier, j’avais imaginé raconter l’histoire d’une petite goutte d’eau. Dans mon scénario, elle s’appelait Perle.
Elle vivait dans un nuage avec ses parents. Un jour, elle allait quitter le ciel, tomber dans une flaque, devenir ruisseau, rejoindre la rivière puis arriver jusqu’à la mer 🌊
Là, les rayons du soleil allaient la réchauffer. Elle allait s’évaporer, remonter dans le ciel et retrouver son nuage et sa maison. Une histoire pensée avec les sons où les instruments allaient accompagner ce voyage.
Les enfants pouvaient manipuler, écouter, produire des sons et participer à différents moments du récit. J’avais donc mon histoire, mon chemin, ma petite goutte Perle.
Puis les enfants sont arrivés et ils ont décidé de faire autrement.
Goutte Dada Salto entre en scène
Je leur ai simplement donné le point de départ : « Nous allons raconter l’histoire d’une petite goutte d’eau. Comment elle pourrait s’appeler ? »
Ce n’était plus Perle, elle s’appelait Goutte Dada Salto. Rien que son prénom annonçait déjà que mon histoire allait prendre une autre direction. Et c’est exactement ce qui s’est passé.
J’ai profité du petit comité pour leur poser des questions en leur laissant carte blanche. Très rapidement, ils se sont pris au jeu et la petite goutte a pris vie à leur manière.
Elle est arrivée sur un toit. Puis elle est descendue par une gouttière pour rejoindre un jardin. Dans ce jardin, elle a rencontré un oiseau, une grenouille, un canard. Et son voyage a continué jusque dans une cour de récréation puis direction la mer.
À ce moment-là, mon histoire initiale avait déjà disparu et c’était très bien comme ça.

Quand les enfants deviennent auteurs de leur propre histoire
Ce qui m’intéressait alors n’était plus de leur faire découvrir l’histoire que j’avais préparée, c’était de découvrir celle qu’ils étaient en train d’inventer.
- Qu’est-ce qu’elle entend ?
- Qui pourrait-elle rencontrer ?
- Comment pourrait-elle se déplacer ?
- Qu’est-ce qui pourrait lui arriver maintenant ?
Ils imaginaient, une idée en entraînait une autre, un lieu faisait apparaître une autre aventure. Et moi, j’accompagnais. A chacune de leur proposition, je piochais dans ma malle d’instruments pour faire vivre cette « nouvelle » histoire.
Le son devenait un outil pour faire exister leur imagination. Le voyage se nourrissait de différentes sonorités. Les enfants n’étaient plus simplement attentifs à l’histoire, ils étaient en train de la créer.
Et si Goutte Dada Salto voulait aller dans le désert ?
Arrivée à la mer, l’histoire aurait pu s’arrêter là. Dans mon scénario, c’était justement le moment où la petite goutte devait retrouver le cycle de l’eau et rentrer chez elle.
Mais Goutte Dada Salto avait d’autres projets, elle avait envie de visiter le désert. Alors, elle est montée dans un bateau pour rejoindre de nouveaux paysages. Et là, elle a découvert le pays des rhinocéros qui marchent et des girafes grignotant des feuilles.
Pour rentrer, elle a finalement pu compter sur son nouvel ami le rhinocéros, qui l’a ramenée jusqu’à la plage. Un oiseau l’a aidée à retrouver son nuage et Goutte Dada Salto a finalement retrouvé ses parents pour une nuit pleine de rêves.
Je ne l’avais absolument pas imaginé comme ça et c’est justement ce que j’ai aimé.

L’adaptabilité : une compétence pour l’intervenant et pour les enfants
Cette expérience m’a rappelé quelque chose que j’essaie de mettre en pratique dans mes ateliers : l’adaptabilité n’est pas seulement une qualité nécessaire à l’intervenant. C’est aussi une compétence que l’on peut permettre aux participants d’expérimenter.
Lorsque je lâche suffisamment ma propre idée pour accueillir celle des enfants, je leur montre aussi qu’il est possible de changer de direction :
- que l’on peut modifier un projet,
- que l’on peut essayer autre chose,
- que tout ne doit pas nécessairement se dérouler comme prévu.
Et surtout, que l’imprévu n’est pas forcément un problème, il peut devenir une ressource.
Développer les compétences psychosociales par l’expérience
C’est aussi là que les compétences psychosociales prennent tout leur sens. On peut parler de créativité, de capacité à prendre des décisions, d’exprimer ses idées, de coopération et de confiance en soi.
Mais ces compétences ne se développent pas uniquement en les nommant, elles se développent aussi (et surtout) en les vivant.
- Lorsque l’enfant propose que la goutte rencontre une grenouille, il ose exprimer une idée.
- Lorsque le groupe choisit ensemble la suite de l’histoire, il apprend à écouter les propositions des autres.
- Lorsque l’un imagine un nouvel élément et que les autres rebondissent dessus, ils expérimentent la créativité collective.
- Lorsque leur idée est accueillie et transformée en son, en mouvement ou en histoire, ils découvrent que leur imagination peut avoir une place dans le monde réel.
C’est cette expérience qui m’intéresse, et dans mes ateliers, j’aime beaucoup cette idée de ne pas chercher à tout contrôler.
Je peux préparer un cadre, apporter des instruments, raconter un début d’histoire et proposer une consigne. Mais ensuite, quelque chose appartient au groupe.
Lorsque les enfants ont suffisamment d’espace pour s’en saisir, ils peuvent nous surprendre. C’est parfois là que naissent les moments les plus intéressants parce qu’ils viennent des participants eux-mêmes, et pas de l’intervenante.

Une petite goutte peut finalement nous apprendre beaucoup
Aujourd’hui, je suis arrivée avec Perle, je suis repartie avec Goutte Dada Salto.
Entre les deux, il y avait un toit, une gouttière, un jardin, un oiseau, une grenouille, un canard, une cour de récréation, la mer, un bateau, un désert, des rhinocéros, des girafes et surtout, beaucoup d’imagination.
Cette histoire me rappelle pourquoi j’aime autant construire des ateliers qui restent vivants. Une belle animation n’est pas forcément celle où tout se déroule exactement comme prévu.
C’est peut-être celle où le cadre que l’on a préparé est suffisamment solide pour pouvoir être abandonné, celle où l’intervenant sait où il aimerait aller, mais accepte de découvrir avec les participants un chemin qu’il n’avait pas imaginé.
Et finalement, c’est peut-être cela aussi, développer les compétences psychosociales : apprendre à composer avec ce qui est là, imaginer ce qui pourrait être autrement et oser prendre un chemin que l’on n’avait pas prévu.
Des projets sonores adaptés aux enfants 🧒👧
Mes ateliers autour du son peuvent trouver leur place dans de nombreux contextes : relais petite enfance, accueils de loisirs, écoles, médiathèques, structures culturelles ou projets autour de l’éducation artistique et culturelle…
Selon les objectifs recherchés, une proposition sonore peut mettre davantage l’accent sur :
- l’exploration sensorielle,
- la découverte des instruments,
- la création collective,
- le mouvement et l’expression corporelle,
- les émotions,
- l’écoute et la coopération,
- l’imaginaire et le récit.
Mon objectif n’est pas de former de jeunes musiciens, ce n’est pas ma formation et ma place, mais d’offrir aux enfants un espace d’expérimentation où ils peuvent ressentir, créer et partager.

Et si nous racontions de nouvelles histoires avec les sons ?
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