
Les bancs de mémoire
Dans nos sociétés modernes, le deuil se vit trop souvent dans la discrétion, parfois même dans la solitude. La mémoire devient une affaire plus intime, intériorisée, silencieuse. Il existe encore des moments de l’année ou des cultures où le souvenir s’incarne, s’inscrit dans les lieux et, se partage. Et si la mémoire trouvait un espace pour s’ancrer et nous permettre de se relier ?
C’est l’intuition profonde de Warren Coopman, fondateur de Sit in Peace, qui ramène les bancs de mémoire en France. Son projet, né d’une histoire personnelle, propose une autre manière de rendre hommage, de se souvenir et d’habiter le deuil avec les bancs comme gardiens de mémoire.
🌿 Le point de départ
En 2019, Warren perd son grand-père. Préservé jusque là, il décrit une plongée dans un monde inconnu, celui des obsèques, de la logistique, des choix rapides et lourds de sens.
« Rien ne lui ressemblait », dit-il. Rien, dans les rites proposés, ne reflétait l’homme qu’il avait aimé.
Alors une question s’est imposée :
👉 Comment se souvenir d’une manière qui nous ressemble vraiment ?
👉 Comment rendre la mémoire vivante, quotidienne, partageable ?
Au-delà des photos, des cérémonies, des moments en famille, il manquait quelque chose. Un geste régulier. Un lieu. Une continuité. Cette quête, intime et sensible, trouva une réponse quelques mois plus tard à l’autre bout du monde.
🌍 La découverte des bancs de mémoire
Lors d’un voyage en Nouvelle-Zélande, Warren remarque une singularité dans les parcs, sur les littoraux, dans les rues : près de 80 % des bancs y sont des bancs de mémoire.
Des bancs portent une plaque, un prénom, un message, une histoire. Ces supports pour s’asseoir n’ont plus qu’un aspect pratique, ils deviennent des ponts entre passé et présent, un lieu pour se poser, respirer, se relier.

Se souvenir fait partie de la vie. Pas comme un événement exceptionnel, mais comme un geste inscrit dans le quotidien. Cette expérience agit comme une évidence : La mémoire pourrait être accessible. Elle pourrait être visible. Elle pourrait être partagée. La graine de Sit in Peace était plantée.
🪑 Rendre la mémoire visible et vivante
L’idée est simple et révolutionnaire à la fois : placer la mémoire dans les lieux que nous habitons déjà, par des bancs personnalisés, dans l’espace public ou privé.
Un banc devient alors un hommage, un espace de pause, un lien entre générations, un fragment de patrimoine, un geste d’amour, un ritualiseur de quotidien.
Pas un monument figé. Pas une tombe. Pas un mausolée. Mais un objet vivant, utilisé, vu, touché, partagé. Dans le deuil, on parle beaucoup de la perte, rarement de la présence. Les bancs de mémoire rappellent que la présence existe autrement dans la pensée, dans le geste, dans le lieu.
🏡 Le banc de mémoire, un patrimoine
Avec Sit in Peace, les bancs existent dans deux espaces : 1) l’espace privé et 2) le domaine public.
Vous souhaitez installer ou offrir un banc, vous pourrez le disposer dans un jardin, un domaine, une ferme, un golf, un lieu d’entreprise… Dans ces lieux intimes, les bancs deviennent un repère affectif, un ancrage familial, un morceau d’histoire incarné.
Mais nous n’avons pas tous à disposition un espace privé où mettre un banc. Peut-être aussi que le lieu où nous aimerions nous recueillir et honorer la mémoire d’un proche se situe dans un parc d’enfance, un jardin urbain, un front de mer ou une promenade que nous étions habitués à faire ensemble. Comme Warren le dit si bien : « tout le monde devrait pouvoir profiter d’un de l’espace public où l’on a des souvenirs« .
Dans ce cas, les souvenirs individuels nourrissent le patrimoine collectif. Mais cela nécessite d’être en lien avec les municipalités, de monter un projet habité par une histoire, des humains, des émotions.
A l’avenir, Sit in Peace souhaite mettre en place une plateforme avec un système de parrainage sur des bancs existants où chaque personne pourrait financer l’installation d’une plaque sur un banque et permettrait son entretien sur une durée définie. C’est un geste généreux, durable, écologique, accessible. Une manière de faire mémoire sans consommer de nouveaux espaces et en embellissant ceux qui existent déjà.
👀 Et si Les bancs de mémoire étaient aussi un geste pour transformer notre rapport à la mort ?
Dans une société où la mort est cachée, les lieux funéraires sont à l’écart, la mémoire se referme, le deuil se vit seul, les bancs de mémoire ne contribueraient-ils pas à changer le regard sur la mort ?
Comment ? En la réintroduisant dans le quotidien, en la rendant visible sans morbidité, sans pathos. Ils matérialisent la mémoire : ils lui donnent une forme, un lieu, une respiration.
En découvrant un banc de mémoire dans l’espace public, nous croisons des morceaux d’histoire humaine. C’est une manière douce, poétique, accessible de montrer que la mort est partout – à chaque coin de banc, d’apprivoiser le deuil, de l’inscrire dans la cité et finalement, de s’asseoir face à notre propre finitude.

Le banc devient alors une interface entre notre monde intérieur, le monde visible, et l’histoire de celles et ceux qu’on aime. Il n’est pas qu’un hommage au passé, il est une passerelle : c’est un espace d’ancrage dans le présent.
Un appel à ralentir, à s’arrêter, à sentir que nous appartenons à quelque chose qui nous dépasse.
Parler des bancs de mémoire nous invite à revisiter le deuil, non pas uniquement comme une fermeture, mais aussi comme une ouverture à un lieu, à la nature, à la ville, au temps, au vivant, aux autres… à la Vie.
Uniquement pour un défunt ?
Pas du tout ! On peut offrir un banc pour une naissance, une rencontre, une étape de vie, une réussite, une période de transformation… On peut se l’offrir pour avoir un espace où se retrouver, se reconnecter, se poser, respirer, laisser une empreinte de vie. Et un jour, peut-être, le transmettre à notre tour à nos descendants.
Dans ce cas, ce n’est plus seulement un banc de mémoire, c’est un banc de présence.
Écoutez l’épisode 127, découvrez les bancs de mémoire et laissez vous porter dans une visualisation en fin d’épisode
PS : Une surprise se cache en fin d’épisode
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