
Quand la perte survient, nous restons souvent sans voix. Comment traduire l’absence, comment donner une forme à la douleur quand aucun mot n’est assez grand pour la contenir ?
« Suite à la perte d’un proche, une peintre et réalisatrice ressent le besoin vital de créer pour pouvoir traverser son deuil. »
C’est face à ce vertige qu’Ariel Neo, peintre et réalisatrice, a trouvé refuge dans la création. De ce besoin intime est né Les Oiseaux de Pluie, un film à la frontière entre la fiction, le documentaire et l’œuvre musicale. Une expérience visuelle et sensorielle qui interroge nos rapports au deuil, à la mémoire et à la lumière que nous pouvons retrouver après la perte.
Dans l’épisode n°119, j’ai eu la chance de dialoguer avec Ariel Neo (réalisatrice et peintre), Yvan Gilbert (oiseleur) et Tiska Louve (actrice principale) pour découvrir les coulisses d’un projet hors du commun, qui explore le deuil par les images, les sons et la symbolique. Ensemble, nous avons discuté de la puissance de l’art comme langage universel, la place de la nature dans nos cheminements intérieurs, et la façon dont une œuvre peut aider à libérer la parole autour de la mort.
Un film universel et sans paroles 🤫
Le deuil est intime et singulier car nous le vivons tous et toutes à notre manière. Mais il est aussi universel, puisque nous ferons tous et toutes face à la perte.
Après la mort de son grand-père, elle ressent un élan vital : transformer ce vide en œuvre, non pas pour expliquer, mais pour traverser. En créant à partir de son vécu et de son intimité, Ariel Neo a dû donner une forme, une voix et un support pour parler au plus grand nombre d’endeuillés, qu’importe la perte et le chemin de chacun(e).
Les Oiseaux de Pluie a fait le choix audacieux du silence : peu ou pas de mots, mais des images, des textures sonores, une mise en scène qui laisse toute la place à la résonance intérieure. Ce choix permet à chacun de s’approprier le récit et de trouver sa propre vérité. En laissant de côté les explications, le film crée un espace de liberté, où chacun peut ressentir, imaginer, se souvenir.
Un film pour ouvrir le dialogue 🗣️
L’un des enjeux qu’on a évoqué dans l’épisode est la difficulté de représenter les émotions du deuil sans sombrer dans le pathos ou l’excès. Le pari du film est de rester suffisamment ouvert pour que chacun (quelle que soit sa perte) puisse s’y reconnaître — sans imposer un sens unique.
Cette œuvre est construite comme un kaléidoscope d’images, de sensations, de micro-moments : des plans silencieux, des toiles animées, des dispositifs sonores. L’art devient un langage non-linéaire, capable de capter ce qui échappe aux mots.
En sortant des codes traditionnels du cinéma, Les Oiseaux de Pluie nous invite à une expérience plus qu’à un récit. Pas de mots imposés, pas d’explications. Juste des images, des symboles, des présences. Un langage universel pour ouvrir le tabou de la mort et du deuil.
Un film qui n’apporte pas de réponses toutes faites, mais qui laisse la liberté à chacun d’accueillir ses propres émotions, ses propres souvenirs, ses propres pertes. Parce qu’au fond, le deuil, c’est comme la pluie : il traverse, il purifie, il fait éclore de nouveaux possibles ☔
Tiska déclare : « J’ai compris que le deuil n’est pas un enfermement. C’est un passage, une transformation. Jouer ce personnage m’a permis d’intégrer cette idée dans ma propre vie. »

🕊️ Les oiseaux comme messagers
Pourquoi des oiseaux ?
Le choix d’intégrer des oiseaux n’est pas anodin, ni de simples éléments décoratifs. Pour Ariel, ils incarnent l’âme, la liberté, la possibilité de s’élever au-delà de la matière. Dans le film, ils apparaissent comme des présences à la fois réelles et symboliques, offrant au spectateur la liberté d’y projeter ses propres représentations.
Grâce au travail d’Yvan Gilbert, oiseleur passionné, ces êtres vivants deviennent compagnons de jeu, reflets des émotions humaines et témoins silencieux de la transformation intérieure.
Leur présence nous rappelle que le deuil, s’il confronte à la perte, ouvre aussi vers une nouvelle forme de lien, invisible mais toujours vivant. L’oiseau s’envole puis, l’oiseau revient (ou pas). En leur laissant de la liberté, les oiseaux symbolisent que le deuil n’est pas emprisonnement, mais mouvement.
Yvan pratique la médiation animale, il m’explique que les oiseaux ressentent nos émotions. Ils sont sensibles au silence, à la fragilité, à l’intention. Dans le deuil, nous apprenons aussi à être plus attentifs, plus présents. Finalement, leur langage rejoint celui de la perte : discret, mais profondément vrai.
Dans le film, ils sont des co-acteurs, et ils peuvent l’être aussi dans la vie quotidienne. Yvan confirme que les animaux peuvent être d’un puissant soutien sur notre chemin de deuil. Ils ne jugent pas, ils sont juste là. Leur présence apaise.
Ariel : « J’avais envie que ces oiseaux soient de véritables messagers, qu’ils incarnent ce souffle qui reste même après la mort. »

Découvrir le film 🎬

En pleine période de la Toussaint, le mardi 4 novembre à 20h, au cinéma Métropole de Lille, avec Sandrine Lot – ma coanimatrice des Apéros de la Mort, j’aurai le plaisir d’être partenaire d’une diffusion spéciale du film Les Oiseaux de Pluie avec HappyEnd l’Asso, en compagnie de l’équipe de tournage et des oiseaux de médiation.
🎧 Cet épisode est une plongée au cœur de la création artistique et de ses pouvoirs de transformation. Ariel, Tiska et Yvan nous montrent que face au deuil, nous pouvons choisir de créer, de nous relier et de nous laisser traverser par la beauté.
Ce qui frappe dans cet échange est la posture du film : ne pas imposer — mais créer un espace d’écoute. Un film sans trop de paroles, pour laisser libre place aux prises de conscience personnelles.
Les Oiseaux de Pluie invite à une réflexion : comment réenchanter l’ombre ? Comment (re)donner du sens au lien brisé ? Comment laisser le deuil se faire mouvement, geste, souffle ? Le but est moins de “réparer” que de changer de regard : accepter que la perte nous change, mais peut aussi révéler ce qui était voilé.
🎧 Écoutez l’épisode 119 et Plongez dans les coulisses du film
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