Ralentir, ritualiser et honorer les deuils de nos vies à l’automne

Dans un monde où tout va vite, où les transitions de vie sont souvent consumées sans pause ni espace de réflexion, le deuil reste une expérience brute et bouleversante, trop souvent laissée dans l’ombre. Pourtant, chaque passage, chaque perte – qu’il s’agisse d’une personne chère, d’un projet, d’un état de santé, ou simplement d’une étape de vie révolue – mérite d’être reconnu, honoré et accompagné.

Dans l’épisode n°118 du podcast Holi&Thanato, nous accueillons Céline Picherot, doula et sophrologue, pour explorer ensemble la saison de l’automne comme une autre manière d’aborder le deuil et les transformations de la vie.


L’automne : la saison du deuil et de l’ancrage

Chaque saison porte une symbolique particulière. L’automne est intimement lié au deuil. Les arbres se dépouillent de leurs feuilles, la lumière décline, la terre se prépare à l’hiver. Dans nos vies, l’automne peut symboliser ces moments où nous devons lâcher, nous délester, nous arrêter pour intégrer une perte ou un changement.

Beaucoup associent l’automne à la mélancolie, voire à la déprime. Dans mon échange avec Céline, nous vous invitons au contraire à le réinvestir comme une saison de ralentissement, comme une invitation à se déposer, comme une opportunité de revenir à soi et de cultiver l’ancrage.

Ce parallèle entre la nature et le cycle de nos vies nous rappelle que le deuil n’est pas une anomalie, mais une loi universelle. Comme les feuilles qui tombent, nous devons accepter de perdre pour mieux renaître. Cette métaphore peut être appliquée à toutes les étapes de vie : accepter de laisser partir une relation, une maison, un travail, une partie de soi, pour permettre à autre chose d’émerger.


Ralentir : un acte de résistance face à la société de la vitesse

L’un des points centraux est l’importance de ralentir. Dans une société qui valorise la productivité, la rapidité et le contrôle, prendre le temps d’écouter son corps et de s’arrêter peut sembler presque subversif.

Pourtant, ralentir n’est pas un luxe, c’est une nécessité vitale dans le deuil et les périodes de transition. C’est en s’autorisant à faire une pause qu’on peut observer ce qui change, reconnaître ses émotions, et ritualiser les passages.

Dans l’épisode n°118, L’automne, prendre le temps d’être présent à soi et à son deuil, Céline partage des exercices concrets et accessibles pour apprendre à ralentir au quotidien :

  1. S’arrêter au feu rouge piéton. Plutôt que de s’impatienter, utiliser ce moment comme une mini-pause consciente.
  2. Respirer en conscience. Que ce soit sous la douche ou aux toilettes, ramener son attention à son souffle, même quelques secondes.
  3. Revenir aux sens. Observer une couleur agréable, écouter un son apaisant, sentir une odeur réconfortante (et l’automne est une saison riche pour cela).
  4. Changer de perspective. Si une douleur apparaît d’un côté, explorer ce qui se passe de l’autre côté du corps.

Ces gestes simples nous ramènent à l’instant présent et nous rappellent que ralentir ne signifie pas s’effondrer, mais se déposer.


Le corps, messager de nos émotions

Céline et moi sommes d’accord pour dire que le corps a sa propre langue. Nous soulignons l’importance de l’écouter, car il exprime souvent ce que nous ne verbalisons pas. Nos expressions courantes en sont la preuve : « j’en ai plein le dos », « ça me prend la tête », « j’ai le cœur lourd »…

Ces métaphores révèlent que le corps cristallise les émotions. Une douleur récurrente n’est pas toujours uniquement physique : elle peut être le signe d’une tension émotionnelle ou symbolique.

Dans le cadre du deuil, ce langage corporel est d’autant plus important :

  • le dos peut porter le poids des responsabilités,
  • les épaules peuvent refléter le fardeau des injonctions,
  • le ventre peut cristalliser des angoisses ou des chagrins.

Chercher à comprendre ce message ne signifie pas nier la dimension médicale ou physiologique. Mais en ouvrant la porte à une lecture symbolique, on s’autorise à considérer le corps comme un allié sur le chemin de la transformation.


La posture de la doula : être présente, accueillir et écouter

Le mot doula évoque souvent la maternité et l’accompagnement à la naissance. Pourtant, Céline Picherot le rappelle : être doula, c’est avant tout adopter une posture de présence et d’écoute, applicable à toutes les étapes de vie.

Son rôle n’est pas d’apporter des réponses toutes faites, mais de créer un espace de contenance, un cocon où la personne peut se déposer avec ses bagages : émotions, souvenirs, blessures, joies et attentes…

« Être doula, ce n’est pas sauver, ni conseiller, ni diriger. C’est être à côté de l’autre, dans le silence, dans la parole juste, dans l’attention portée à ce qui se vit, ici et maintenant. »

Cette posture est essentielle dans le cadre du deuil. Trop souvent, les personnes endeuillées se retrouvent face à des injonctions sociales : « tourne la page », « il faut avancer », « tu dois être fort ». Céline propose l’inverse : laisser le temps, écouter, accueillir sans jugement.


Ritualiser pour honorer les passages

Comme nous l’avons dit précédemment, l’être humain a tendance à consommer sa vie et ses chapitres sans toujours prendre le temps de les ritualiser. Pourtant, chaque passage – naissance, déménagement, rupture, maladie, fin de vie – mérite un espace symbolique pour marquer l’avant et l’après. Les rituels permettent de :

  • reconnaître ce qui change,
  • donner une forme visible à l’invisible,
  • inscrire la perte ou la transition dans une continuité.

Dans nos sociétés occidentales, certains rituels subsistent (obsèques, mariages), mais beaucoup d’autres ont disparu. Nous avions abordé ce sujet avec Laurence ou avec Manon Moncocq dans l’épisode n°77. Céline aussi milite pour leur réhabilitation, non dans un sens religieux, mais comme des moments de conscience qui soutiennent nos deuils et nos renaissances.


Le soin rituel Rebozo : contenir, clôturer, renaître

Parmi les rituels qu’elle propose, Céline met en avant le soin Rebozo, issu des traditions mexicaines mais également présent dans d’autres cultures, comme dans le monde arabe. Ce soin, réservé aux femmes, dure environ trois heures. Il associe chaleur, enveloppement, massage, resserrage et desserrage du bassin à l’aide d’un tissu appelé rebozo.

Traditionnellement, il est pratiqué 40 jours après un accouchement, pour célébrer le passage de femme à mère. Mais Céline l’élargit à toutes les étapes de vie : premières règles, déménagement, changement de travail, rupture amoureuse, hystérectomie, accompagnement de fin de vie…

Le soin Rebozo offre un sentiment de contenance : se sentir enveloppée, soutenue, contenue dans un espace sécurisé. Il marque symboliquement la clôture d’un chapitre et l’ouverture d’un autre. Dans un monde où tout s’accélère, ce rituel redonne au corps et à l’âme un espace sacré pour se rassembler.


Le temps, ressource précieuse du deuil

Le deuil n’obéit pas à un calendrier. Il n’y a pas de « bonne durée » ni de « bon moment » pour faire une pause, reprendre sa vie, ou aller mieux. Chacun vit son rythme.

Cette temporalité est essentielle à rappeler, car beaucoup de personnes endeuillées se sentent pressées par leur entourage ou la société de « tourner la page ». Or, le deuil n’est pas une page qui se tourne, mais une histoire qui s’intègre dans la nôtre.

« Nous avons besoin de temps. Nous avons le droit de prendre du recul. Nous avons le droit que ça ne soit pas le bon moment. »


Conclusion : accompagner les deuils et les transitions avec douceur

Une fois de plus, mon invitée et moi vous rappelons une évidence trop souvent oubliée : le deuil n’est pas qu’une épreuve, c’est une étape de vie, un passage, un enseignement. En ralentissant, en écoutant notre corps, en ritualisant nos transitions et en respectant notre rythme, nous pouvons transformer ces moments douloureux en opportunités de croissance.

Le soin Rebozo, l’ancrage dans les saisons, les pratiques d’attention au corps et aux sens ne sont pas de simples outils : ce sont des portes d’entrée vers une manière plus humaine, plus consciente et plus respectueuse de vivre nos pertes et nos renaissances.

🎧 Retrouvez cet épisode du podcast Holi&Thanato avec Céline Picherot, pour découvrir comment ralentir, respirer et honorer le cycle des deuils et des transitions de vie.


🎧 Écoutez l’épisode 118 et honorez la saison de l’automne


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