Le deuil est une expérience universelle et pourtant singulière. Chacun le vit à sa façon, selon son histoire, ses croyances, sa sensibilité et surtout selon la relation qu’il entretenait avec la personne disparue. On oublie souvent que le lien vécu de notre vivant colore profondément la manière dont on traverse l’absence.
À travers le témoignage d’Aurélia Bonnet dans l’épisode n°116, nous découvrons combien le deuil n’est pas seulement la perte d’un être cher, mais aussi une rencontre avec soi-même, avec nos blessures anciennes, nos croyances et parfois même avec notre capacité de transformation.
Cet article, inspiré de l’épisode du podcast Holi&Thanato, propose de réfléchir au deuil comme un chemin de sens, parfois douloureux mais aussi porteur d’ouvertures inattendues.

Le deuil, un miroir de nos relations passées
Lorsqu’une personne que nous aimons meurt, ce n’est pas uniquement l’événement du décès qui nous bouleverse. C’est aussi tout ce qui précède : la qualité de la relation, les blessures non cicatrisées, les mots échangés (ou tus), les joies et les tensions accumulées.
Ainsi, perdre un proche avec qui le lien a été fluide, tendre et soutenant ne suscite pas les mêmes échos intérieurs qu’un deuil marqué par des conflits, des zones d’ombre ou des non-dits.
Le deuil agit comme un miroir grossissant : il réactive des souvenirs, des émotions enfouies, des colères anciennes. Il nous confronte à ce que nous aurions aimé dire ou entendre. Et il peut parfois devenir un appel à grandir intérieurement en revisitant notre histoire familiale et personnelle.
Le choc de la perte : quand tout bascule
Vivre la mort d’un proche, en particulier d’un parent, c’est souvent faire l’expérience d’un séisme intérieur. La sidération laisse place à une cascade de questionnements :
- A-t-il/elle souffert ?
- A-t-il/elle compris ce qui se passait ?
- Ai-je été présent(e) comme je l’aurais souhaité ?
- Que reste-t-il de nous, maintenant ?
Ces interrogations, loin d’être anecdotiques, traduisent le besoin de sens. Car au-delà de l’absence physique, le deuil nous met face à l’impuissance : nous n’avons pas le contrôle sur la mort.
Dans certains cas, les conditions médicales ou administratives entourant un décès peuvent intensifier cette épreuve : protocoles hospitaliers, délais d’attente, décisions à prendre dans l’urgence… Ces moments suspendus ajoutent une charge émotionnelle immense, comme si le temps lui-même devenait irréel.

Du manque à la gratitude
Dans les premiers temps du deuil, tout est centré sur le manque. L’absence envahit le quotidien, le silence devient assourdissant, chaque geste rappelle la personne disparue. Mais au fil du temps, un basculement peut s’opérer.
Peu à peu, le chagrin laisse place à une autre forme de lien : celui de la gratitude d’avoir connu cette personne, d’avoir partagé un morceau de vie avec elle. Cela ne veut pas dire que la douleur disparaît, mais qu’elle se transforme. Le souvenir devient alors une ressource, un ancrage, un trésor intérieur que rien ni personne ne peut effacer.
Le poids des injonctions et des étapes du deuil
Dans notre société, le deuil est souvent associé à des étapes linéaires – tristesse, colère, acceptation… – popularisées par la fameuse courbe d’Elisabeth Kübler-Ross. Mais dans la réalité, ce chemin est tout sauf linéaire. Nous en avons déjà parlé dans d’autres articles de blog.
Les émotions se superposent, se répètent, parfois même s’amplifient longtemps après. Il est fréquent qu’un deuil ancien refasse surface à l’occasion d’une nouvelle perte, comme une poupée russe émotionnelle 🪆
Les injonctions sociales – « tourne la page », « avance », « sois fort(e) » – peuvent être extrêmement violentes pour une personne en souffrance. Le deuil n’a pas de durée prédéfinie, ni de « bonne façon » d’être vécu. Il demande avant tout temps, écoute et respect de son rythme intérieur.

Le corps, témoin silencieux du deuil
Souvent, le deuil ne s’exprime pas uniquement dans les émotions ou les pensées, mais aussi dans le corps. Fatigue intense, troubles du sommeil, douleurs diffuses… autant de signaux qui rappellent que l’être humain est un tout. Cela a été l’objet d’un épisode avec David et d’un article de blog.
Certains parlent même de psychosomatique du deuil : les émotions non exprimées s’impriment dans la chair. Apprendre à écouter ces messages corporels – « j’en ai plein le dos », « je porte trop » – permet de mieux comprendre ce qui se joue en soi.
Des pratiques comme la méditation, le yoga, la marche en nature ou encore des rituels corporels (massage, soin rebozo, respiration consciente…) offrent un espace pour accueillir ces messages et apaiser le corps.
Deuil et quête de sens : une transformation intérieure
Le deuil est parfois décrit comme une « pause imposée » dans le cours de notre vie. Il nous confronte à l’essentiel : qui suis-je, au-delà de mes rôles sociaux et familiaux ? Qu’est-ce qui a vraiment de la valeur pour moi ? Cette crise existentielle peut être douloureuse, mais elle ouvre aussi des portes vers une reconfiguration intérieure. Beaucoup découvrent à travers le deuil :
- une sensibilité nouvelle,
- une ouverture à la spiritualité (quelle que soit sa forme),
- une conscience plus aiguë de la fragilité et de la beauté de la vie.
Le deuil devient alors un enseignant silencieux : il nous rappelle que tout est impermanent, mais que chaque instant est précieux.
Transmission et maternité : créer du sens par la vie
Pour certaines personnes, la maternité ou la parentalité vient résonner fortement avec le deuil. Donner la vie après avoir côtoyé la mort peut être une expérience ambivalente : joie et douleur se mêlent, espoir et peur coexistent.
Ce qui émerge souvent, c’est le désir de transmettre autrement : offrir à ses enfants ce que l’on n’a pas reçu, créer un environnement plus doux, plus sécurisant. Le deuil devient alors un levier de transformation pour les générations futures.
Il rappelle que prendre soin de soi, c’est aussi prendre soin des autres, car une personne qui s’écroule entraîne des répercussions sur tout son entourage.

Repenser nos croyances limitantes
Le deuil nous met face à des croyances anciennes : « je dois être utile pour être aimé », « il faut être fort(e) et ne pas craquer », « demander de l’aide est une faiblesse ». Ces injonctions, souvent intériorisées depuis l’enfance, sont remises en question dans l’expérience du manque et de la vulnérabilité.
Traverser un deuil, c’est aussi apprendre à se reconnaître digne d’amour, non pas pour ce que l’on fait, mais pour ce que l’on est. C’est un chemin vers une authenticité plus grande, où l’on cesse de se conformer aux attentes extérieures pour écouter ce qui vibre en nous.
Le deuil est souvent pensé comme une affaire individuelle. Pourtant, il a une portée collective. Comme si la perte n’était pas suffisante, Aurélia doit aussi faire face à des tensions familiales. Son beau-père attaque l’hôpital pour faute médicale. Entre procédures judiciaires, problèmes de succession et conflits, la douleur s’alourdit. Ces épreuves rappellent à quel point un décès ne met pas seulement fin à une vie, mais bouleverse aussi des dynamiques relationnelles et patrimoniales.
Dans les établissements de santé, dans les écoles, dans les entreprises, une meilleure compréhension du deuil est nécessaire pour accompagner celles et ceux qui le traversent. La perte d’un proche ne se résume pas à quelques jours d’absence : elle transforme durablement le rapport à la vie, au travail, aux autres.
Reconnaître cette réalité, c’est construire une société plus humaine, plus attentive à la vulnérabilité et à la résilience. Parlons-en ensemble pour faire bouger les lignes !
Un chemin de vie, pas une fin
Au fur et à mesure du témoignage d’Aurélia, un message fort se dessine : le deuil n’est pas seulement une fin, il peut être un commencement. Bien sûr, il ne s’agit pas de minimiser la douleur ou de glorifier la souffrance. Mais d’affirmer que, dans ce passage, il existe aussi une possibilité de transformation, de réinvention de soi et de la manière d’être au monde.
Traverser un deuil, c’est accepter de ralentir, d’écouter, de se laisser guider par le cœur plutôt que par les injonctions. C’est apprendre que la vie, dans toute sa fragilité, reste précieuse, et qu’honorer nos morts passe aussi par la façon dont nous choisissons de vivre.

Le deuil est universel, mais jamais banal. Chaque histoire est unique, chaque chemin singulier. Pourtant, une constante demeure : le deuil nous rappelle que nous sommes vivants.
Il nous invite à revisiter nos relations passées, à apaiser nos blessures, à accueillir nos émotions sans jugement. Il nous pousse à inventer des rituels, à redécouvrir le sens du lien, à transmettre différemment.
Et si nous osions voir dans le deuil non seulement une épreuve, mais aussi une opportunité de transformation ? Le deuil, dit Aurélia, est un cadeau paradoxal : une épreuve douloureuse qui nous apprend à ralentir, à nous recentrer, à réinterroger nos croyances et à choisir comment continuer à vivre. Non pas pour effacer la douleur, mais pour en faire un terreau fertile, capable de nourrir notre humanité et notre rapport au monde.
Le témoignage d’Aurélia rappelle que le deuil n’est jamais une ligne droite. Il est coloré par l’histoire que l’on a partagée, par les blessures anciennes et par le contexte du décès. Mais il peut aussi devenir un tremplin vers une vie plus consciente, plus alignée.
De la colère à la gratitude, de la douleur à la maternité, de la perte à la reconstruction, Aurélia incarne ce passage où le deuil devient transformation.
🎧 Écoutez l’épisode 116 et découvrez son histoire.
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