Faire le deuil de la relation avec sa mère

Il peut être difficile de lire cette phrase ou d’entendre que la relation avec un parent, avec sa mère, peut être toxique. Malheureusement, la vie nous montre que cela arrive et que la présence est parfois plus difficile que l’absence.

En ce week-end de fête des mères, il me semble important d’aborder ce lien si sacré qu’il nous semble inconcevable qu’il puisse devenir nuisible, et pourtant…

Peut-être que, pour toi, cette fête commerciale a une signification lourde, douloureuse, ambivalente. Ce jour, censé célébrer l’amour maternel, peut réveiller un vide, une colère, un passé complexe.

Pour certaines personnes, dont Delphine mon invitée dans l’épisode n°105, couper les liens avec leur mère n’a pas été un caprice ou une trahison, mais un acte vital de survie psychique et émotionnelle. Aujourd’hui, j’aimerai te parler de ce deuil symbolique peu reconnu : faire le deuil de la relation avec sa mère, de ce qu’on l’on n’a pas reçu, pas vécu ou de ce que l’on espère encore en vain.

Ce deuil peut avoir des conséquences sur notre estime de soi, notre identité, nos choix de vie, nos rapports aux femmes ou à la parentalité. Il demande un chemin de reconstruction courageux pour se libérer d’une loyauté douloureuse et culpabilisante et (re)devenir sa propre mère.

Le deuil n’est pas que la mort : couper les ponts avec sa mère

Il existe des deuils sans funérailles, sans condoléances, sans reconnaissance sociale. Rompre avec un parent toxique fait partie de ces deuils invisibles : c’est faire le deuil de ce que cette relation aurait pu être, c’est reconnaître que ce lien, censé être nourrissant et protecteur, est devenu une source de souffrance parfois de destruction. Il ne s’agit pas d’un abandon, mais d’une limite posée pour se protéger.

Delphine nous partage son vécu avec sa mère marquée : une dépression post-partum, des violences verbales insidieuses, un comportement de contrôle et de rejet. Parce qu’elle n’a qu’une mère, elle tente une reprise de contact dans un cadre respectueux. Mais l’histoire se répète. Aujourd’hui, cela fait huit ans qu’elles ne sont plus en lien. Delphine parle désormais de sa mère en utilisant son prénom. Un geste symbolique pour désacraliser le rôle maternel et reprendre la main sur son identité.

Et toi, comment vis-tu la relation avec ta mère ? Est-ce qu’elle nuit à ton bien-être émotionnel, mental ou physique ?

Te sens-tu respectée et écoutée ? As-tu le droit d’exister, d’être toi-même ou ta mère veut-elle avoir une forme de contrôle sur ta vie ? Essaie-t-elle de te culpabiliser ?

Cette semaine, dans l’épisode n°106, j’ai invité Clémence Biel, autrice du livre « Et si c’était votre mère le problème ?« 

Notre société juge parce qu’elle ne comprend pas…

Que dirais-tu à quelqu’un qui veut couper les ponts avec sa mère ? L’une de ces phrases t’est peut-être venue en tête…

  • « Mais c’est ta mère ! »
  • « Elle t’a mise au monde, tu lui dois tout »
  • « Elle a besoin de toi, tu dois la soutenir »
  • « C’est ingrat de ta part »
  • « Tu devrais avoir honte »
  • « Tu vas la rendre si triste »

C’est souvent le discours qu’on entend… Ces injonctions à la loyauté familiale sont fréquentes. Elles reposent sur l’idée que les parents sont, par essence, bienveillants et aimants, ils sont censés nous protéger. En sacralisant les liens familiaux, ces phrases ne cherchent pas à comprendre le pourquoi de cette décision, que s’est-il passé ou à écouter le vécu de l’enfant. Elles l’ignorent les faits, les contextes, elles invisibilisent les violences, banalisent la souffrance et culpabilisent la personne qui ose se libérer et se confier…

Consciemment ou non, ces phrases posent un jugement sur la situation de l’autre en projetant une vision idéalisée de la parentalité et imposent aux enfants un rôle de soutien inconditionnel, même lorsque cet amour filial les abîme. Parce que cela nous semble improbable mais : pensez-vous qu’un enfant coupe les ponts par plaisir avec ses parents ? Cela peut être difficile à imaginer quand on vient d’une famille aimante. Mais, si vous imaginez un instant en arriver là, ne pensez-vous pas que cela serait dû à quelque chose de grave, d’important, de blessant ?

Couper les ponts avec sa mère

Faire face à la colère, à l’incompréhension et à la culpabilité

Le choix de couper le lien avec celle qui nous a mise au monde n’est pas une décision prise un beau matin et sans conséquences, elle réorganise tout un système relationnel. Cela peut occasionner des tensions familiales, des ruptures au sein même de la famille proche (la fratrie par exemple), des incompréhensions avec la famille plus éloignée.

On devient son propre pilier et on apprend à « faire » le deuil de cette relation : ce dont on avait besoin mais qu’on n’a jamais eu, ce qu’on n’a pas reçu en termes d’amour, de ce qu’on a espéré en vain.

Ce témoignage n’est pas un appel à la rupture du lien, c’est un partage comme un plaidoyer pour la liberté d’exister en dehors des injonctions familiales. Parfois, se protéger, c’est couper. Parfois, aimer, c’est partir. Parfois, se reconstruire, c’est faire le deuil de ce qu’on n’a jamais reçu.

Mais parfois, (re)fixer ses limites est suffisant pour se libérer de la toxicité de la relation. Pour cela, Clémence Biel, experte de la blessure de la mère, nous partage plusieurs tips pour cheminer pas à pas dans ces prises de conscience qui peuvent être douloureuses.

Un chemin de reconstruction

Se libérer d’une relation toxique avec sa mère, c’est aussi retravailler son rapport à soi, aux autres femmes, à la maternité, à l’amour de soi. C’est poser un regard neuf sur son enfance, son corps, son histoire. C’est faire le deuil de la mère rêvée pour devenir sa propre source de réconfort.

Comme le rappelle Clémence dans l’épisode n°106, il y a plusieurs types de mères toxiques et la plupart du temps, ce sont des comportements inconscients et pas forcément malveillants. Sans le vouloir, notre mère reproduit un cycle en rejouant les blessures qu’elle a eues pendant sa propre enfance et qui ont créé des besoins inassouvis entraînant de la frustration et des stratégies d’adaptation avec des comportements dysfonctionnels.

Que notre mère joue la victime avec un narcissisme déguisé, qu’elle soit étouffante, contrôlante, indifférente ou qu’elle est besoin d’être maternée, il peut être difficile de savoir ce qui est « un peu trop d’amour » ou ce qui devient toxique.

Il est nécessaire de regarder la relation et de prendre du recul pour voir si ma place d’enfant est respectée, si je suis libre d’être moi-même ou toujours dans une posture de sur-adaptation pour plaire à ma mère… L’épisode n°106 du podcast Holi&Thanato et le livre « et si c’était votre mère le problème » peuvent être des ressources pour accompagner cette prise de conscience.

Pas à pas, on met en lumière certains comportements que nous pouvons avoir : syndrome de la gentille fille, hypervigilance, autocritique, peur de reproduire, sentiment de vide… Mais il est possible de se libérer, d’accepter les émotions, de poser des limites, de retrouver sa souveraineté émotionnelle.

Cette prise de conscience crée, à la fois, une sensation de soulagement et une peur de l’insécurité. Ne plus se focaliser sur sa mère et ses justifications mais, sur soi en tant que fille et en tant que femme pour ressentir ses émotions, s’y autoriser, ne plus les refouler et légitimer notre existence peut réveiller de multiples peurs.

2 étapes nécessaires dans le processus

  1. Poser ses limites, ce qui implique de faire face à la réaction maternelle, voire de ressentir de la culpabilité,
  2. Faire le deuil de la maman dont on avait besoin, de l’enfance que l’on n’a pas eu, accepter ce qui s’est passé ou pas passé, ce qui a été reçu ou non. Il est aussi nécessaire de lâcher les attentes inconscientes que l’on projette sur notre mère et l’espoir qu’elle va peut-être changer (si je fais ça, alors…« ) car cela peut nous amener à des choix de vie non alignés.

Vivre ce processus, c’est se prioriser, favoriser son bien-être, s’autoriser à vivre et à prendre sa place. C’est permettre à un autre futur d’exister en se reconstruisant sur notre authenticité, nos valeurs personnelles, nos envies, ce qui est juste pour nous.

Selon les relations, la seule option peut parfois être de couper le lien. Si vous y réfléchissez sérieusement, voici quelques réflexions qui pourront peut-être vous soutenir et vous éclaire :

  • Reconnaître la réalité de la relation : comment est la relation avec votre mère ?
  • Accepter de ressentir les émotions associées : qu’est-ce que cela génère en vous ?
  • Faire face à la culpabilité : c’est une émotion conditionnée et apprise par la société et notre éducation. Quelle culpabilité est plus « grande », plus « importante » ou le plus acceptable pour vous : est-ce plus juste (et moins culpabilisant) de rester coûte que coûte pour la loyauté familiale qu’importe le prix à payer pour vous ?
  • Voir cette décision comme un acte d’amour de soi
  • Devenir sa propre maman en comblant par et pour soi-même ce vide émotionnel : de quoi avez-vous besoin pour être soutenue : écoute, empathie, bienveillance, structure, sentiment d’appartenance ?

🎧 Écoutez l’épisode 106 pour approfondir ces sujets

Pour celles qui se reconnaissent dans ce récit

Delphine te partage cette phrase avec humour et poésie à la fin de l’épisode n°105 sur le podcast Holi&Thanato : “Les avis, c’est comme les trous du cul : tout le monde en a un.” Faites ce qui vous semble le plus juste et ce qui vous respecte sans culpabiliser de la faire.

Si vous êtes un proche et que vous jugez une personne ayant coupé les liens avec sa famille, posez-vous les bonnes questions : qu’est-ce qui a pu se passer pour en arriver là ? Est-ce que je cherche à comprendre, ou est-ce que je projette ma propre peur, ma propre histoire ?

Si ce jour de fête des mères ravive une douleur, une absence, un manque en toi, sache que tu n’es pas le / la seul.e. Honore tes ressentis, ils sont légitimes, honore ton histoire, elle fait de toi la personne que tu es, et surtout, honore la force qu’il t’a fallu pour te choisir, choisir la vie et la paix intérieure même au prix d’un que d’autres estiment sacré.

🎧 Écoutez l’épisode 105 pour se sentir moins seul.e

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👉 L’article de blog du témoignage d’Elodie


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