Et si la carte vitale servait à payer nos funérailles ?

Jean-Loup de Saint Phalle et Alban Baudouin ont crée le collectif pour une Sécurité Sociale de la mort. Par leurs engagements citoyens et militants, ils nous invitent à sortir la mort du système capitaliste pour en faire un bien commun, équitable et solidaire : Et si la mort ne coûtait pas si cher ?

À l’origine de ce combat, il y a la perte respective de leurs grands-pères. Confrontés au deuil mais aussi à l’organisation matérielle et financière des obsèques, Jean-Loup et Alban réalisent à quel point la mort est un impensé dans nos sociétés modernes.

Leur réflexion s’enracine dans les travaux du sociologue Bernard Friot, sociologue et économiste français, qui milite pour l’extension du modèle de la sécurité sociale à d’autres sphères essentielles : l’alimentation, la culture… et pourquoi pas la mort ?

La mort, une impensée de nos sociétés ?

« La mort, c’est l’impensé de notre société » : là où tout est organisé autour d’un événement profondément humain, intime et universel, il n’existe ni syndicat structuré, ni contre-pouvoir collectif, ni véritable débat politique. Comme si la mort, parce qu’elle touche à l’émotionnel et au spirituel, devait rester à l’écart des sphères sociales et économiques.

Pourtant, penser la mort, c’est penser la société : Qui a accès à des funérailles dignes ? Qui peut se permettre de prendre le temps de pleurer ? Qui supporte la charge financière d’un décès dans la famille ?

La mort, source d’inégalités

Aujourd’hui, la gestion de la mort repose largement sur les familles, avec des logiques marchandes dominantes et un marché funéraire souvent opaque et inégalitaire. Le collectif dénonce une injustice silencieuse : une personne sur deux en France signe un contrat obsèques pour des raisons purement économiques. Certains s’endettent pour ne pas « laisser de charge » à leurs proches.

En parallèle, une croyance tenace persiste dans nos inconscients : celle de bien faire, de ne pas manquer de respect au défunt et de lui témoigner notre amour par le montant impliqué dans les obsèques. Plus je paie cher, plus je montre mon amour… Cette pression implicite génère un stress économique et moral, en particulier pour les familles les plus précaires.

En remettant la question de l’argent au cœur du débat, le collectif pour une Sécurité Sociale de la Mort ne cherche pas à « banaliser » la mort, bien au contraire. Il s’agit de réancrer la mort dans le réel, dans le quotidien, dans le politique.

Parler d’argent n’est pas vulgaire, c’est politique, c’est rendre visible l’injustice sociale autour de ces sujets. C’est refuser que la douleur devienne un marché. C’est poser cette question fondamentale : souhaitons-nous que notre manière de mourir reflète les inégalités de notre société ? Ou voulons-nous inventer un autre rapport à la fin de vie, plus juste, plus collectif, plus humain ?

Une sécurité sociale de la mort : pour une fin de vie digne et démocratique

Quelles sont les propositions faites par le Collectif ?

  • S’inspirer du modèle mis en place à la sortie de la Seconde Guerre mondiale pour mettre en place un système public mais autonome de l’Etat, sans logique comptable.
  • L’idée serait d’instaurer une nouvelle cotisation, comme pour le retraite, le chômage ou la sécurité sociale, permettrait à chacun de financer ses funérailles selon des critères définis par des citoyens tirés au sort.
    Objectif : sortir de la logique marchande, et replacer la dignité au cœur des rituels de fin de vie.
  • Pour supprimer les inégalités, ce qui sera remboursé ne sera pas la base mais le mieux, ce qui permet de replacer la dignité au coeur des rituels de fin de vie.

Et si certain(e)s d’entres vous se disent : encore une cotisation ? Le Collectif vous rassure de suite car, une nouvelle cotisation rime avec hausse du salaire ! Pour concrétiser ce projet, le collectif mène des actions militantes en créant des événements au cimetière Père Lachaise, en étant présent à la Fête de l’Huma ou dans les médias.

Le deuil comme enjeu collectif

Un autre sujet est porté par la Sécurité Sociale de la Mort : le deuil, les endeuillés. Aujourd’hui, le « congé deuil » est bien plus un « congé enterrement« , cela me rappelle un échange avec Faustine dans l’épisode n°31 sur le théâtre forum. Celles et ceux qui ont besoin de plus de temps pour apprivoiser la perte n’ont souvent d’autre choix que d’obtenir un arrêt maladie ou « de se faire prescrire une dépression« .

En mobilisant les politiques, le collectif milite pour des congés de deuil dignes et étendus et une prise en charge d’un accompagnement psychologique. Agir sur le coût des obsèques permet de réduire la charge mentale et le stress associés à la question financière. En conséquence, le processus de deuil peut prendre pleinement sa place, bénéficier de l’espace mental et émotionnel dont il a besoin pour s’exprimer et être vécu pleinement.

D’autres voies sont imaginées pour permettre un autre rapport à la mort :

  • en créant des « thanatocentres« , des lieux dédiés à la fin de vie, à la mort et au deuil,
  • en développant de nouveaux métiers comme les biographes de fin de vie (je vous en parle dans un épisode en juin avec Valéria Milewski ⌛)
  • en permettant l’éducation à la mortalité avec le concept des cafés mortels (ou apéros de la mort) adaptés avec les enfants en classe comme un « chocolat chaud mortel » (nous en parlions à la fin de l’épisode n°85 avec Aurélie). J’ai d’ailleurs moi-même à cœur de développer des actions dans les écoles, comme un levier pour transformer notre rapport à la mort et s’engager pour une société plus juste et solidaire. Plus d’informations ici.

Et si demain, vous n’aviez plus à payer vos obsèques ? Et si, au lieu de faire de la mort un poids financier, on en faisait un moment de soin collectif ? Et si votre carte vitale devenait aussi votre passeport pour une fin de vie digne ?

🎧 Écoutez l’épisode n°102 avec le collectif pour une sécurité sociale de la mort pour repenser la mort comme un droit social

📚 Pour aller plus loin :

  • Le coût de la mort – Jean Loup de Saint Phalle et Alban Beaudouin
  • La cendre de tes morts – Albertine Lampe

En savoir plus sur Sonothérapie • Expression émotionnelle • Développement des compétences psychosociales

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