Quand l’art nous permet de réenchanter le quotidien

En ce 15 avril, journée mondiale de l’Art, il me semblait évident de recevoir au micro de Holi&Thanato, une conteuse du vivant : Anne Cazaubon, artiste de la parole, poétesse urbaine, semeuse de liens. Dans cet épisode, elle nous emmène dans un voyage au cœur des mots qui soignent, des gestes gratuits et de l’art comme rituel moderne. Une traversée lumineuse, bouleversante, incarnée.

Quand notre regard change notre réalité

Durant l’enfance, Anne Cazaubon portait en elle une angoisse de la finitude. Cette conscience aiguë de la mort l’a longtemps habitée, parfois au point de prendre de gros risques, parfois à la paralyser. Au fur et à mesure de ces expériences, elle a posée un autre regard sur cette peur viscérale pour laisser naître une force : celle de la création. Par les mots, la voix, l’écriture, elle a transformé sa vulnérabilité en douce puissance et offrir sa sagesse aux autres.

Dans notre échange, Anne Cazaubon évoque les histoires que l’on se raconte sur soi, et comment ces récits peuvent devenir nos prisons… ou nos ailes 🪽

Pour elle, les mots sont comme une paire de lunettes, ils donnent forme et consistance à notre réalité : il l’ancre. Si notre regard est doux, positif et résilient ou s’il est dur, fataliste et sombre, notre vie ne sera pas impactée et vécue de la même manière. Autrement dit, on ne peut pas changer la réalité en soi mais, en changeant notre regard sur celle-ci, notre existence se transforme. Anne appelle cela la médecine des mots conscients.

Par sa plume, ses interventions artistiques et ses performances sensibles comme le Flying Project, elle réenchante le quotidien pour redonner du sens à notre existence, traverser une difficulté, une crise ou un deuil, pour apprivoiser la fin et renaître autrement.

l’art du geste qui relie

Un autre projet emblématique d’Anne Cazaubon est le mouvement Merci à un inconnu, né sur un quai de métro : un homme, un regard, une présence discrète, et ce sentiment fulgurant de reliance : nous ne sommes pas seul.es.

Sur ce compte Instagram, sans partenariat rémunéré et depuis 3 ans maintenant, elle fédère une communauté autour du geste désintéressé. Elle se fait passeuse de gratitude en recueillant les témoignages de citoyens et citoyennes qui ont bénéficiées d’une gentillesse gratuite, et souvent salvatrice.

Et si un mot, un regard, un geste, pouvaient transformer une existence ?

Anne sème des gestes désintéressés : un livre déposé ici dans une boîte à livres, une recherche effrénée pour retrouver le propriétaire d’un sac, une lettre laissée là pour qui voudra s’en saisir, un café suspendu ou un compliment à une personne dans le métro (à l’origine des fameux Textopolitains).

Ces instants sont comme des fragments de beauté dans l’ordinaire, des parenthèses poétiques dans le tumulte du quotidien qui nous invitent à lever la tête, à s’arrêter quelques minutes pour prendre conscience du lien invisible qui nous relie tous et toutes. Ces dons de soi gratuits rappellent l’importance du care, de la présence pleine et entière pour entretenir, maintenir et nourrir la vie.

Devenir le héros du quotidien d’un autre

Désintéressé mais pas désincarné ! Ces gestes sont empreints d’une spiritualité sans dogme, comme une foi dans le lien humain, un quotidien poétique et l’élan naturel de la vie. Je perçois ces offrandes au monde comme des rituels modernes, des mots pour l’âme, une attention qui touche notre cœur, un baume qui fait du bien. Et ce qui est magique, c’est que le « bénéfice » est triple : la personne qui reçoit, la personne qui donne et la personne qui observe.

Cela nous rappelle que nous pouvons tous et toutes être les héros ordinaires du quotidien 🦸‍♀️

Notre monde s’est désenchanté, le rythme effréné renforce un peu plus l’individualisme de notre société sans laisser de la place à l’écoute, à la lenteur, à la contemplation ou à l’émerveillement. Mais nous avons oublier que nous avons tous le pouvoir d’enchanter la vie d’un autre être humain.

Qu’importe qui nous sommes, qu’importe notre sexe, notre âge, notre niveau social, notre compte en banque, nos différences, nous avons tous et toutes la possibilité d’offrir un sourire, un petit mot ou un acte préparé avec le cœur. Cela me rappelle les mots de Thierry Marmet dans l’épisode n°97 qui parlait, entres autres, de la présence auprès des personnes vivant à la rue.

« A te regarder, ils s’habitueront » disait René Char. Et si cette révolution poétique et sensible pour remettre le lien humain au centre commençait par un mot, un geste, un regard ? Et si 1 personne se transformait en 10, 20, 50 ou des milliers ? Dans ces instants où l’on prend le temps de voir et de sentir, nous ne sommes plus différents, nous sommes deux êtres humains en lien.

Et si vous aussi vous essayiez de tendre la main juste une fois par jour ?

Quel rapport avec le deuil ?

Anne et moi partageons cette idée : nous sommes tous et toutes en deuil. Qu’il s’agisse du deuil d’une relation, d’un métier, d’un rêve, d’une ville, d’une partie de nous-même, d’un projet… Ces pertes, souvent insoupçonnées et silencieuses, sont pourtant puissantes et challengeantes. Elles nous demandent de puiser dans notre force intérieure pour se relever, se reconstruire et se réinventer.

Néanmoins, il est important de ne pas confondre la fin d’une situation ou d’une relation avec la fin de soi ou la fin de tout. Autrement dit, il est important d’apprendre à remettre la situation vécue sur une ligne de temps pour retrouver de la clarté, du discernement et de la joie.

C’est ici que l’art (sans avoir besoin d’être Picasso 🎨) prend sa place et dévoile toute sa puissance : il donne une forme aux émotions, il permet de nommer l’indicible et il ritualise les passages en matérialisant le lien lien entre vie, mort et renaissance. Il devient un compagnon pour traverser les ombres et retrouver la lumière comme nous avons pu en parler avec Caroline Escaich dans l’épisode n°91 consacré aux carnets de deuil.

Alors, en cette journée mondiale de l’Art, je vous souhaite de vous offrir un temps de création pour observer votre deuil sous un autre jour, de recevoir ou d’offrir un geste désintéressé pour vous relier au monde et à la Vie. Enfin, comme Anne Cazaubon nous le rappelle dans cet épisode, « dire merci, c’est aussi dire au revoir ». Le mot merci vient du latin mercare, lié au troc, à l’échange. Derrière chaque remerciement se dissimule une transformation, une clôture, un passage.

Pour finir, j’ai donc une question pour vous : à quoi dites vous Merci aujourd’hui ? A quoi dites-vous Aurevoir ? Et quelle transformation cela opère en vous et autour de vous ?


🎧 Écoutez l’épisode avec anne cazaubon

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