Connaissais-vous les traditions mexicaines du Dia de los Muertos ?
Avez-vous déjà vu le film Coco ?

Honorer les défunts
Au Mexique, El Dia de Los Muertos est une des fĂȘtes les plus attendues de l’annĂ©e ! Dans les traditions et les croyances populaires, il est dit que, ce jour lĂ , le passage entre le monde des morts et des vivants est permĂ©able, comme un portail entre les deux mondes qui permet aux dĂ©funts d’ĂȘtre « ramenĂ©s Ă la vie » un jour par an en pensant Ă eux.
A l’inverse de chez nous en France et en Occident, au Mexique, la mort est cĂ©lĂ©brĂ©e đ En 2017, le film Coco a agi comme un catalyseur en popularisant ces traditions. C’est Ă ce moment lĂ , que l’idĂ©e de crĂ©er un spectacle a Ă©mergĂ©e chez mon invitĂ©e, DĂ©sirĂ©e.
PortĂ©e par le dĂ©sir d’offrir la perspective mexicaine avec un rapport moins distanciĂ© et tabou sur la mort, elle a créé le spectacle Allegra La Mort Joyeuse, dont elle nous parle dans l’Ă©pisode n°86.

FĂȘter la mort pour fĂȘter la vie âš
Dans ce spectacle qui mĂȘle chant et danse, Allegra est un esprit dĂ©funt qui reçoit la permission de revenir dans le monde des vivants pour une journĂ©e. Ayant conscience de sa finitude, elle raconte son vĂ©cu, ses joies, et ses regrets, notamment celui de ne pas avoir pleinement apprĂ©ciĂ© la vie lorsquâelle en avait la chance.
El Dia de Los Muertos nous rappelle :
- Qu’en prenant conscience de notre durĂ©e limitĂ©e sur Terre, on prend conscience de la valeur de la vie pour en apprĂ©cier chaque instant, reconnaĂźtre la beautĂ© du quotidien et exprimer notre gratitude,
- Que personne d’autre que nous peut vivre nos vies alors ne nous laissons pas emporter par ce que l’on veut de nous pour s’oublier au profit des autres mais cultivons notre authenticitĂ©,
- D’aimer, de partager du temps avec nos ĂȘtres chers, de pardonner ou d’apaiser nos tourments comme l’expriment de nombreuses personnes en fin de vie [nous en parlions dans l’Ă©pisode n°42 avec NoĂ©mie]

Quelques traditions du DĂa de los Muertos :
Les autels (ofrendas)
Les familles dressent des autels décorés avec des photos des défunts, des objets qui leur étaient chers, des bougies, et des offrandes comme le pan de muerto (pain des morts) ou leurs plats préférés. Ces autels symbolisent un pont entre les vivants et les morts, permettant à ces derniers de revenir parmi leurs proches pour une journée.
Le pain des morts (pan de muerto)
Cette pùtisserie traditionnelle sucrée, souvent décorée de formes évoquant des os, est une offrande essentielle sur les autels. Elle symbolise la nourriture spirituelle offerte aux ùmes des défunts.
Les Ćillets d’Inde (fleurs de cempasĂșchil)
Ces fleurs dâun orange Ă©clatant, semblables Ă des Ćillets, sont appelĂ©es « fleurs des morts ». Leur parfum et leur couleur servent Ă guider les Ăąmes sur le chemin du retour.
Les crĂąnes (calaveras) : en sucre ou en chocolat, ils sont souvent dĂ©corĂ©s de couleurs vives et personnifient lâacceptation joyeuse de la mort.
Lors de cette fĂȘte annuelle, les Mexicain.es ont aussi pour habitude de s’Ă©crire des poĂšmes pour dĂ©crire comment l’autre va mourir. Loin d’ĂȘtre une prĂ©diction attendue, c’est une preuve supplĂ©mentaire de leur lĂ©gĂšretĂ© sur le sujet.

La Catrina, figure emblĂ©matique du jour des morts â ïž
Bien plus qu’un simple squelette fĂ©minin Ă©lĂ©gamment habillĂ©, elle incarne une critique sociale et un symbole de l’Ă©galitĂ© face Ă la mort. Créée au dĂ©but du XXĂšme siĂšcle par le graveur et caricaturiste mexicain JosĂ© Guadalupe Posada, elle s’appelait initialement « La Calavera Garbancera ».
« Garbancera » fait rĂ©fĂ©rence Ă des vendeurs de pois chiches qui se moquaient des racines indigĂšnes tout en aspirant Ă un mode de vie plus bourgeois. A cette Ă©poque, les Mexicains Ă©taient tentĂ©s de renier leur hĂ©ritage indigĂšne pour adopter les modes europĂ©ennes, souvent françaises ou espagnoles.
Posada a créé cette figure comme une caricature sociale pour dĂ©noncer l’obsession des classes sociales pour les apparences et les richesses matĂ©rielles, en rappelant que la mort touche tout le monde, riches ou pauvres et que derriĂšre nos apparats, il reste toujours la mĂȘme chose : des os.
C’est l’artiste Diego Rivera qui a vĂ©ritablement donnĂ© Ă la Catrina son statut iconique dans sa cĂ©lĂšbre fresque « Sueño de una tarde dominical en la Alameda Central » (1947). Aujourd’hui, la Catrina reprĂ©sente :
- L’Ă©galitĂ© face Ă la mort : qu’importe la richesse ou le statut social, la mort est inĂ©vitable pour tous.
- L’acceptation joyeuse de la mort : La Catrina illustre la maniĂšre mexicaine unique de cĂ©lĂ©brer la vie et de se « moquer » de la mort, en adoptant une attitude festive et dĂ©dramatisĂ©e.
- Une critique des inĂ©galitĂ©s sociales : Ses origines rappellent toujours les tensions entre les classes sociales et l’importance d’honorer ses racines culturelles.
La fĂȘte des morts : un message Ă prĂ©server au delĂ de l’esthĂ©tique
Devenu un phĂ©nomĂšne mondial, El DĂa de los Muertos attire et fascine grĂące Ă son esthĂ©tique vibrante et festive. Cependant, cette popularitĂ© a un revers : lâaspect commercial tend Ă Ă©clipser la profondeur spirituelle de cette tradition.
Dans notre Ă©change, DĂ©sirĂ©e nous rappelle que, derriĂšre les couleurs et les costumes, cette fĂȘte est avant tout un hommage Ă la vie et une invitation Ă honorer nos liens avec ceux qui nous ont prĂ©cĂ©dĂ©s.
Voici quelques conseils pour intégrer ces traditions avec respect :
- CrĂ©er des espaces de partage : organiser des ateliers, des spectacles ou des festivals, pour raconter lâhistoire et la symbolique des traditions.
- Favoriser les Ă©changes intergĂ©nĂ©rationnels : la richesse du DĂa de los Muertos rĂ©side dans sa capacitĂ© Ă connecter les Ăąges et les gĂ©nĂ©rations autour de la mĂ©moire collective, comme nous le voyons si bien dans le film, Coco.
- Sâinspirer sans dĂ©naturer : profiter de lâaspect esthĂ©tique d’accord mais en privilĂ©giant lâessence mĂȘme de cette cĂ©lĂ©bration, autrement dit, lâamour et le respect pour nos dĂ©funts et pour la vie.
Ce dialogue avec la culture mexicaine devrait enrichir notre vision et nous rappeler que, face à la mort, ce qui importe le plus, ce sont les liens que nous tissons et les souvenirs que nous créons.
DĂ©sirĂ©e, comĂ©dienne dâorigine franco-mexicaine, a grandi entre deux cultures riches et contrastĂ©es. En puisant dans ces racines mexicaines, elle nous invite Ă rĂ©imaginer notre rapport Ă la mort et Ă embrasser pleinement la vie Ă travers son spectacle Allegra La Mort Joyeuse.
Ce voyage artistique explore les traditions du DĂa de los Muertos, une cĂ©lĂ©bration vivante et colorĂ©e de la mort au Mexique, est Ă dĂ©couvrir dans l’Ă©pisode n°86 đđ§
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