Ce mardi 10 septembre est célébrée la journée mondiale de prévention du suicide.
C’est une occasion pour informer, permettre aux proches de repérer les signes, maintenir le lien ou encore renforcer les prises en charge des personnes suicidaires. A mon niveau, j’avais à cœur de sensibiliser sur ce sujet qui m’a personnellement touché quand mon père a fait le choix de mettre fin à sa vie le 13 mai 2019 ✨

Quels sont les deuils associés au suicide ?
Qu’est-ce que la personne suicidaire doit conscientiser et accepter de lâcher pour se transformer et se reconstruire autrement ?
- troquer la posture antérieure de « non-responsabilité » pour prendre ses responsabilités en toute conscience, avec la joie de grandir et de s’affirmer
- laisser au passé l’ancienne personne qu’elle a été et qu’elle n’aime plus (sentiment de colère) pour s’autoriser et s’ouvrir pleinement à celle qu’elle devient
- transformer les mauvaises habitudes développées envers (comme les comportements auto-agressifs et autodestructeurs) pour des habitudes saines qui prennent soin de sa santé physique et mentale.

Sur ce chemin d’acceptation, les personnes peuvent ressentir une ambivalence au niveau de leurs émotions, comme le fait d’avoir le cul entre deux chaises. Ash en témoignait aussi dans l’épisode n°50 à propos du changement de genre, voici l’article sur le sujet.
D’un côté, il y a un sentiment de fierté sur le chemin parcouru et les obstacles levés pour s’en sortir. De l’autre, il y a la difficulté à accepter que cette situation se finisse car, guérir signifie quitter son statut de malade psychique avec les inconvénients, mais aussi les bénéfices associés. C’est laisser une part de soi et de son identité qui permettait d’être écouté, aimé, pris en considération.
De même, il y a une dualité entre le fait de redevenir quelqu’un pour et par soi-même alors que jusque là on se laissait vivre par la structure (dans le cadre d’un suivi médical et psychiatrique notamment). En institution, la vie n’est pas « normale » c’est-à-dire qu’elle ne comporte ni objectifs, ni défis du quotidien. Quand on se soigne, on reprend sa vie et tout ce qu’on avait oublié : charge mentale, gestion quotidienne du domicile, faire son administratif, prendre des rendez-vous, trouver un travail…
Alice témoigne : « cela a créé une ambivalence d’émotions, une lutte interne entre la colère de ce que j’étais et l’espoir de ce que je pouvais devenir. » Cette transition ne se fait pas instantanément, il y a une période de vie où la personne se sent perdue et où ses repères sont mis à mal avant de retrouver un nouvel équilibre.

Comment avoir le déclic pour accepter l’aide ?
Vous avez peut-être déjà entendu cette citation de Herman Melville : Aucun être ne peut en sauver un autre. Il faut se sauver soi-même. En tant que proche, nous nous sentons généralement terriblement impuissants quand nous voulons aider un proche en deuil, en souffrance ou en difficulté et que nous n’y parvenons pas.
En effet, le déclic ne peut venir que de la personne elle-même. Pour autant, notre présence est importante et notre posture de soutien peut faire la différence pour ouvrir les yeux à un proche en souffrance. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons cocréé l’atelier : Soutenir un proche endeuillé avec Sandrine Lot afin de vous fournir des outils et ressources pertinentes pour épauler sans chercher à sauver.
Pour Alice, le déclic est venu d’une peur profonde : celle de faire du mal à ses proches, « voir la peur dans les yeux de ma mère a été un choc. C’est ce qui m’a poussé à chercher de l’aide, à quitter le déni« . C’est d’abord une motivation extrinsèque, protéger ses proches, qui l’a conduite à accepter de l’aide. Puis, au fur et à mesure du processus de guérison, cette motivation est devenue intrinsèque : guérir pour elle-même.

Quelles ressources pour se reconstruire ?
Rappelons (encore et toujours) que le processus de guérison est complexe et unique à chacun. Néanmoins, il est intéressant de savoir ce qui a aidé d’autres personnes et pourrait être pertinent pour nous. Pour retrouver de l’équilibre dans sa vie, Alice a appris :
- à écouter ses besoins et à connaître ses limites (c’est ce que nous faisons dans les accompagnements ou les séances Ikigai)
- à se redéfinir et réapproprier son identité : caractère, personnalité, passions, valeurs, philosophie de vie…
- à ouvrir son cœur aux rencontres et à saisir les mains tendues sur son chemin (art-thérapeute, psychiatre…)
En travaillant sur les traces traumatiques des tentatives de suicide, sa perception de la vie a pris un nouveau sens en raison du fait qu’elle ait côtoyé la mort. Elle a intégré la chance qu’elle avait d’être en envie avec un profond sentiment de gratitude : « Avant je vivais par défaut, maintenant, je vis par choix« .
En ayant accepté l’aide extérieure, elle a pu guérir et même faire de cette expérience, une force dans son chemin de vie. En ayant vécu cette détresse elle-même, elle est à même de comprendre l’envie de mourir et les souffrances qui y mènent. Cela l’a rendue encore plus empathique envers celles et ceux qui traversent ces épreuves et elle a la volonté de développer un projet de pair-aidance. Nous en avions parlé dans cet article et nous l’abordons avec Baptiste dans l’épisode n°32 « Choisir une vie sans anesthésie ».

Cet épisode nous montre qu’il est possible de se retrouver une joie de vivre même quand on a eu le désir profond de mourir. Alice offre un message d’espoir doux et poignant pour rappeler à celles et ceux qui traversent des périodes similaires que : « Tout peut être sublimé, tout peut devenir beau. Si tu commences à guérir pour les autres, c’est déjà un premier pas. L’important, c’est de trouver les personnes qui te comprennent, qui légitiment tes ressentis, et de te reconstruire à ton rythme. »
Si vous êtes dans cette situation, j’ai à coeur de vous redire que le parcours de reconstruction et de résilience est long et ardu, mais il est aussi porteur de renaissance. Si vous êtes proche d’une personne aux risques suicidaires, rappelez vous que votre présence, un message ou un simple signe d’amour pourrait faire la différence. N’hésitez pas à partager cet épisode à une personne pour qui vous vous inquiétez.
Enfin, le numéro national de prévention du suicide (3114) est à votre disposition : https://3114.fr/
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