Le deuil, c’est comme des poupées russes. Autrement dit, le deuil a un début mais sans réelle fin.

Qu’est-ce que ça veut dire « faire son deuil », terminer ou clôturer son deuil ?
Qu’est-ce que ça signifierait pour vous ? Est-ce que c’est oublier, c’est être en paix, c’est ne plus avoir mal, c’est ne plus pleurer au quotidien, ne plus pleurer du tout ?
Je ne pense pas qu’on termine un deuil, je pense qu’on l’intègre à notre quotidien : on intègre cette perte, cette difficulté, cette absence, ce proche décédé dans nos souvenirs et à notre présent.
Intégrer un deuil, c’est pouvoir parler de la personne et des souvenirs sans avoir une vive émotion qui monte. Pour autant, cela ne veut pas dire ne plus pleurer du tout. Ce n’est pas non plus ne pas ressentir le manque ou l’absence, ni ne plus y penser ou ne plus ressentir de tristesse.
Avoir une vive émotion sur un lieu ou une date symbolique (anniversaire, mariage, jour de décès…), c’est normal, y compris des années après et cela ne traduit pas un deuil non fait. Guérir émotionnellement demande du temps, c’est vivre des montagnes russes émotionnelles avec des hauts et des bas.

Chaque émotion, chaque souvenir, chaque instant passé avec nos êtres chers forme une couche distincte. D’où cette métaphore des matriochkas colorées qui s’emboîtent les unes dans les autres.

Parfois, il nous faut du temps et du courage pour découvrir ce qui se cache à l’intérieur de chaque poupée. Le temps est là pour nous aider à poser un nouveau regard.
En ouvrant chaque couche, nous trouvons une nouvelle facette de notre douleur, mais aussi nos souvenirs et des enseignements à intégrer. Le temps qui passe nous révèle quelque chose de nouveau sur ce deuil passé, sur nous-mêmes et sur notre relation avec ceux/ce que nous avons perdus ❤️🩹
Pour faire le parallèle avec le modèle d’Elisabeth Kübler-Ross, nous pourrions développer la métaphore ainsi 👇
La poupée du choc et du déni
Lorsque nous perdons un être cher soudainement ou de manière attendue, que nous perdons notre travail, que notre partenaire décide de continuer son chemin seul.e, qu’un conflit éclate avec nos ami.es ou notre famille, nous sommes dans un état de choc. Nous ne voulons pas y croire parce que cet événement ne fait pas partie de nos attentes, il va à l’inverse de nos espoirs pour le futur et nos projections sur la vie.
On se sent comme anesthésié et incapable de saisir pleinement l’ampleur de la perte. Nous sommes face à l’illusion de notre contrôle : malgré toute notre bonne volonté, nous n’avons pas la pleine maîtrise du déroulement des événements. Cette poupée nous met dans une résistance et nous protège temporairement de l’impact brutal de la douleur de cette perte, de ce changement.
La poupée de la douleur et de la peine
Les jours et les semaines passent, nos émotions varient comme des montagnes russes. Nous pouvons se sentir bien au réveil et être pris par la tristesse, la colère ou la culpabilité dans la même journée. Cette période est la plus intense et la plus difficile à traverser car elle nous confronte à notre douleur, à tout ce qui ne sera plus possible, à tout ce qui n’a pas pu être fait et ne pourra plus l’être…
C’est en plongeant au cours de ce processus et en s’autorisant à vivre cette souffrance qui s’ouvre en nous telle un puit béant que nous pouvons petit à petit intégrer cet événement à notre vie.
La poupée de la négociation et de la culpabilité
En explorant notre douleur, nous revisitons nos souvenirs passés. Un sentiment de culpabilité peut naître en pensant à ce que nous aurions pu faire différemment pour prévenir cette perte. Nous faisons face à nos regrets et les fameux « et si »…
Durant une période, nous pouvons sentir un vide, se désintéresser de nos activités précédentes ou ressentir le besoin de s’isoler. Notre esprit cherche un moyen de faire revenir la personne ou la situation perdue. Le processus de deuil vise à transformer le lien d’attachement. Le lien n’est pas rompu, il se transforme. Sur ce chemin, nous sommes amenés à conscientiser tous les changements associés à ce deuil, nos émotions sont des messagers qui nous montrent ce que cette perte nous a arrachée.
C’est un moment où il est important de prendre soin de soi. En regardant ce que nous contrôlons, en agissant là où nous pouvons agir et en trouvant les ressources qui nous conviennent pour apaiser ce flux émotionnel, nous pouvons trouver une autre manière d’honorer cette perte que par la souffrance et s’autoriser à écrire un nouveau chapitre.
Il n’est pas obligatoire, ni nécessaire de parcourir ce chemin seul.e. Si vous ressentez des difficultés à exprimer vos émotions, à légitimer votre douleur ou que vous craignez d’oublier cet être cher si vous apaisez votre souffrance, un accompagnement peut vous aider à poser un autre regard et cicatriser cette blessure de la perte. Nous pouvons en discuter lors d’un appel découverte gratuit.

La poupée de l’acceptation et de la reconstruction
En explorant chaque couche du deuil – chaque poupée russe – nous cheminons vers l’acceptation. Accepter ne signifie pas que la douleur disparaît, que les larmes ne coulent plus ou que la personne est oubliée… C’est honorer cette perte comme une part de notre histoire, c’est l’intégrer dans notre vie et se reconstruire sur cette base en découvrant des moyens de vivre avec l’absence et en donnant peut-être un sens à cette perte.
Rappelons une fois de plus que le deuil n’est pas linéaire, c’est un processus en dents de scie. Autrement dit, l’acceptation ne vient pas d’un coup, elle se manifeste par des moments de paix et de compréhension, entrecoupés de vagues de tristesse.
Chaque vague positive ou inconfortable nous reconnecte à la vie et à sa continuité et chaque personne navigue à son rythme dans ses propres vagues. Il est normal de revenir en arrière, de sauter des étapes, de les vivre dans un ordre différent, de se sentir dans plusieurs poupées à la fois…

Honorer le processus
Traverser le deuil, c’est accepter de se confronter à ces multiples couches de douleur et de guérison. C’est un voyage intérieur qui demande du temps, de la patience et beaucoup de bienveillance envers soi-même. En explorant chaque poupée, nous découvrons non seulement notre douleur, mais aussi notre capacité à aimer et à nous souvenir. Le deuil est une partie intégrante de la vie, et bien que difficile, il nous permet de grandir et de trouver une nouvelle forme de paix intérieure.
Autre rappel : Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon de vivre son deuil, il y a juste un chemin unique pour chacun d’entre nous. Prenez le temps qu’il vous faut pour explorer chaque poupée. Soyez doux avec vous-même et sachez que chaque découverte, même douloureuse, fait partie intégrante de votre guérison. ❤️🩹
Dans l’épisode n°53, Chloé nous partage son propre chemin de deuil et illustre cette métaphore des poupées russes. Suite au suicide de sa mère quand elle avait 10 ans, elle s’est construite et reconstruite en posant un nouveau regard sur cette perte et les deuils secondaires (deuil de l’innocence, deuil de sa famille maternelle…). A découvrir sur la plateforme de votre choix 🎧
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