Qu’est-ce que le travail vient faire là ?

J’associe au travail les notions de performances, de comptes à rendre, de résultats palpables et mesurables ou encore des to-do list à coacher pour évaluer notre productivité…
Au travail, nous sommes comparés les uns aux autres. Nous sommes pris par le temps et devons respecter des dead-lines…
Or, il n’y a rien de tout cela dans le deuil.
- Aucune performance à avoir
- Aucun résultat à juger
- Aucun compte à rendre
- Aucune tâche à cocher
- Aucun timing à respecter
- Aucune comparaison à faire
- Aucun chemin tout tracé à suivre…
Mais plutôt une expérience à vivre, ton expérience unique et personnelle car, à l’inverse de tes tâches professionnelles qui peuvent être faites par d’autres, ton deuil, il n’y a que toi qui peut le vivre et il n’y a que toi qui le vivra.
Est-ce qu’un deuil se finit ?
Parler de « travail de deuil » impliquerait que, comme une tâche exigée par votre patron, il y ait un début, un milieu et une fin. Cela ramène aux injonctions sociétales où le deuil devrait prendre fin, où l’on devrait tourner la page, classer le dossier, oublier…
Selon moi, il y a une fin autant qu’il n’y a pas de fin au deuil. Pourquoi ?
- Il y a une fin si l’on considère uniquement le fait que la personne réintègre son monde : retrouver une joie de vivre, participer à des événements, reprendre un quotidien où le deuil est intégré (et non pas oublié), avoir cicatrisé la tristesse de l’absence de l’être cher ou de cette situation passée et révolue…
Or, chaque année, chaque date d’anniversaire ou de décès réveillent des émotions en nous. Ces moments peuvent pendant quelques instants ou quelques jours nous plonger dans une nostalgie du passé et dans un sentiment de manque de l’être cher. Nous expérimentons à nouveau cette perte qui se rappelle à nous.

Cela signifierait t’il que le deuil n’est pas fini ?
Pourtant le reste du temps, tout va bien. Nous avons retrouvé un fonctionnement normal similaire à l’avant-événement (état de résilience) voire un fonctionnement plus optimal et plus aligné qu’avant l’événement (état de croissance post-traumatique).
Ressentir de la nostalgie, de la tristesse ou même un état de déprime passager à des dates clés ou lors d’une visite dans un lieu symbolique lié à l’être cher décédé est tout à fait normal et sain. Selon moi, cela ne rentre pas en compte dans le fait qu’un deuil soit terminé ou non.
Si on m’obligeait à dire quand un deuil se finit, je dirai que la fin d’un deuil se manifeste par une intégration en soi mais qu’elle n’est pas un point final. C’est pour cela que je préfère dire qu’il n’y a pas de fin au deuil, il y a des phases.
Plutôt qu’un travail, un processus

Le deuil se vit.
Le deuil s’éprouve.
Le deuil est un chemin que l’on emprunte.
Ce chemin nous fait autant que nous faisons le chemin.
Le deuil nous fait autant que nous faisons le deuil.
Je préfère parler de processus ou de cheminement du deuil. Car, le deuil nous transforme, il nous métamorphose et ce tout au long de notre vie.
Le lien au défunt se redéfinit au fur et à mesure du temps, de notre acceptation et de notre intégration. Parfois on se dit que c’est long et qu’il nous manque, et un autre jour, on se dit que cela fait X années et que le temps est passé bien vite.

Un deuil est une aventure, un voyage intérieur. Ce n’est pas une aventure que l’on n’a choisie et, ce n’est clairement pas avec joie que l’on s’engage sur ce sentier sombre qui nous semble piquant, aride et insensé.
Mais pas par pas, jour après jour, nous laissons ce voyage s’intériorisait en nous avec les souvenirs, comme le signe d’une présence intérieure.
Le vide se nourrit différemment. Mais il n’en reste pas moins vide par moments.
Donc non, je n’aime pas le travail de deuil. Car cela signifierait qu’il y a une fin. Cela peut rassurer et si cette expression résonne en vous, c’est tout à fait ok. C’est simplement que pour moi, il n’y a pas de fin, il y a un avant et un après deuil. Nous ne sommes plus la même personne, notre vision de la vie peut changer, notre quotidien se déconstruit pour se reconstruire, notre façon d’interagir avec le monde évolue.
C’est comme une boucle. A chaque fois que vous refaites une randonnée, que vous relisez un livre ou que vous regardez à nouveau un film, vous posez un nouveau regard avec de nouvelles compréhensions et de nouveaux enseignements que vous n’aviez pas vu la première fois. Le cheminement du deuil, ce sont des boucles, dont la première consiste à intégrer cette absence pour se reconstruire. Quand cette boucle s’est complétée, une nouvelle boucle s’ouvre pour donner du sens à l’événement.

En parcourant ces boucles, ces cycles de vie, notre vision s’affine, il y a des choses que l’on apprend et que l’on comprend davantage. On panse notre blessure. Certain(e)s la transforment pour en faire quelque chose, pour créer une association, se reconvertir professionnellement, entreprendre un projet, un voyage… D’autres l’intériorisent et la gardent en eux comme une part de leur histoire. Ce n’est pas un bout d’eux mêmes détaché, dénié, renié ou dénigré, c’est une part d’eux qui les a profondément bouleversé et transformé. Jamais on oublie, toujours on se remémore et on se reconstruit sur la base du sens que l’on donne à cet événement.
Le travail de deuil me laisse penser aux notions d’objectifs, de productivité, d’efficacité, de contrats, de mission bien faite ou non. Or, cela n’est pas si simple. Le deuil est un mouvement de la vie, il n’est pas un contrat. Il n’y a donc ni objectifs à atteindre, ni comparaison à y avoir, le deuil change de forme, il évolue mais ne se termine jamais avec un point final.
Autrement dit, on n’oublie pas, on s’habitue à l’absence et s’habituer est un processus, c’est déconstruire quelque chose pour reconstruire autre chose.

Pour aller plus loin :
- Me retrouver quotidiennement sur Instagram : @holiatma
- Participer au prochain apéro de la mort à Lille le 19 février à 18h30 chez les Sarrazins
- Démystifier tes notions du deuil et de la mort avec le podcast Holi & Thanato
Ep.130 – Holi&Thanato, c'est fini – Holi & Thanato 🦋
- Ep.130 – Holi&Thanato, c'est fini
- Ep.129 – Cyrille Merlet : Donner forme – quand le deuil inspire des gestes, des objets, des espaces, avec Nos Lendemains
- Ep.128 – Irène Combres : Comprendre la profondeur du deuil animalier
- Ep.127 – Warren Coopman : Redonner un lieu vivant à la mémoire, avec Sit in Peace
- Ep.126 – Laurène Desserey : Projet de fin de vie – "Ajouter de la vie aux jours"
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