Comprendre la profondeur du deuil animalier

Cette semaine, dans l’épisode n°128 du podcast Holi&Thanato, j’accueille Irène Combres, fondatrice de la Maison du Deuil Animalier.

Avez-vous déjà eu honte de dire que vous étiez triste parce que vous avez perdu un animal ?
Vous n’auriez pas dû !

Avez-vous déjà jugé la peine d’une personne qui venait de perdre un animal ?
Vous n’auriez pas dû, non plus !

Le deuil animalier est un deuil encore méconnu, mal compris, jugé voir ridiculisé. Pourtant, c’est un deuil à part entière, peut-être parmi les plus silencieux que nous traversons dans une vie. Votre douleur est légitime et elle a le droit d’être exprimée, n’en doutez pas 🙏

Il est intime, déchirant, puissant mais trop souvent invisibilisé. « C’était qu’un chien », « Tu en reprendras un », « Tu dramatises peut-être un peu… » : autant de phrases qui, loin d’apaiser, poignardent là où ça fait mal. Pour en parler, j’ai reçu Irène, une femme au parcours personnel, jalonné de 34 animaux adoptés puis accompagnés jusqu’au dernier souffle. Elle éclaire avec une douceur rare ce que signifie aimer un animal… et le laisser partir.


Sonothérapie • Expression émotionnelle • Développement des compétences psychosociales

C’est la perte d’un animal qu’il s’agisse d’un chien, d’un chat, d’un canari, d’un cochon, d’un cheval, à poils, à plumes, à écailles… Le deuil est déjà un sujet difficile dans notre société, le deuil animalier l’est encore davantage. Mais, à l’intérieur même du deuil animalier se nichent des hiérarchies implicites :

  • Perdre un chien ou un chat ? « Bon, d’accord… »
  • Perdre un lapin ? « Tu exagères peut-être… »
  • Perdre un canari ? « Ce n’était rien… »

Irène le dit très clairement : « Le lien n’a rien à voir avec la taille ni avec l’espèce. Il naît là où il y a de l’amour. »

Si vous n’arrivez pas à comprendre la peine de l’autre parce que vous n’avez pas d’animaux à vos côtés et qu’à vos yeux, un poisson rouge tourne simplement dans ce bocal… Essayez de faire un pas de côté et demandez à la personne : Que représentait cet animal pour toi ? Qu’as-tu vécu à ces côtés ?

Et si vraiment, vous ne comprenez toujours pas. Partagez-le avec respect : « J’essaie d’imaginer la souffrance que cause cette perte pour toi. Mais je n’ai pas la même vision des choses, de la vie et des animaux alors cela est difficile pour moi. Néanmoins, je reste présent(e) pour te changer les idées et faire ce qui est dans mes cordes« .

Pourquoi le deuil animalier est-il important ?

On dit qu’il y a deuil que s’il y a attachement. Or, nous nous attachons à nos petites bêtes. Elles partagent notre vie et notre quotidien. Elles nous attendent au retour du travail, ont leurs habitudes de balade ou de repas, le rituel du grattage de dos ou je ne sais quoi d’autre.

Notre animal fait partie intégrante du rythme de nos journées et de nos repères. Quand il meurt, c’est toute une architecture intérieure qui s’effondre. Cette déstabilisation, la société ne sait pas la nommer. Elle la nie, parce qu’elle dérange.

Il y a une histoire entre nous et cet animal et ce lien façonne notre vie parfois comme aucune relation humaine ne nous l’a offert jusque là : une acceptation inconditionnelle, une présence sans jugement, un amour simple, entier et direct.

Tout comme le décès d’un être humain, la perte de tel ou tel animal n’impliquera pas la même souffrance. Chaque histoire, chaque lien est différent et chaque deuil est coloré par ce lien. Vous pouvez être plus impacté par la perte d’un animal que vous avez côtoyé pendant un an que celui avec qui vous avez partagé quinze de votre vie, peut-être parce que cet animal remplissait un rôle / une mission particulière à vos yeux, parce qu’il a été là dans une période de vie difficile comme un soutien / un pilier ou pour toute autre raison.


Un deuil minimisé, pourquoi ?

On entend de plus en plus de personnes parler de leur animal comme de leur fils ou de leur fille. Mais ce deuil reste encore incompris ? 🧐 D’ailleurs, les expressions « maître » ou « propriétaire » disparaîssent de plus en plus de notre vocabulaire et nous en avions déjà parlé avec Marie Cécile Rochet à l’épisode 111.

@holiatma

Pourquoi ce deuil est-il encore si peu reconnu socialement ? Alors que 60% de la population a un animal de compagnie, ce n’est donc pas une minorité. Et 87 % des Français considèrent leur animal comme un proche, on parle maintenant de « pet parent » 🐶🐱🐭🐰🐟🐴 Pour mieux comprendre, j’ai interviewé Marie-Cécile Rochet de @esthima.fr entreprise pionnière dans l’accompagnement funéraire des animaux de compagnie depuis plus de 30 ans. Quels sont les parcours possibles après le décès d’un animal ? Peut-on récupérer les cendres ? Comment ritualiser ce moment ? Peut-on inclure nos enfants ? Et comment en parler avec eux ? 🎙️Cet épisode est une invitation à reconnaître la valeur des liens que nous tissons avec nos animaux et à faire du deuil animalier un moment d’amour, de sens, et non de honte ou de silence. [Disponible sur toutes les plateformes et sur le lien en bio 🔗] Et vous comment considérez vous le deuil animalier ? Comment parlez vous de vos animaux de compagnie ? _____________ Je suis Charlène Gaffet, porte voix sur la mort et les deuils 📣 J’ai créé la Fresque du Deuil pour sensibiliser a ces sujets 🤓 Je propose des ateliers collectifs pour explorer son propre chemin de deuil 👥 Je partage des graines de réflexion sur ces sujets tabous chaque lundi au micro de Holi&Thanato 🎙 Je suis sonothérapeute pour t’offrir détente et lâcher prise dans les up et down de ta vie 🎶 #animauxdecompagnie #animauxdomestiques #deuilanimalier #deuilanimal #podcastfrancais #funeraire #esthima

♬ son original – Charlène, facilitatrice 🦋

J’ai posé la question à Irène et j’ai beaucoup aimé sa réponse :

Quand la brosse à dents a été inventée, cette idée et invention n’a pas tout de suite était comprise, acceptée et félicitée… 🪥

Autrement dit, l’être humain a besoin de temps pour changer. Nos vies sont faites de routines, de repères, de traces laissées dans l’espace et dans le temps.

Premièrement, même si le vocabulaire change, dans les us et coutumes, l’animal est encore considéré comme un « objet » ou une « compagnie ». Irène rappelle à juste titre que l’animal n’a pas pour but de me tenir compagnie et qu’il ne m’appartient pas, il s’appartient.

En étant encore considéré comme une chose appartenant à l’Homme, l’animal reste dépendant du regard que l’Homme pose sur lui et aujourd’hui, nous pensons encore majoritairement qu’un animal ne réfléchit, n’a pas de sentiment ou ne prend pas de décision… D’ailleurs, si vous souhaitez bousculer vos repères sur les animaux et leur façon d’apprivoiser le deuil, je vous conseille la lecture de « Les oiseaux se cachent-ils pour mourir ? » par Emmanuelle Pouydebat.

Un autre exemple que les animaux sont encore vus comme des « objets » : Perdre son animal dans un avion donne lieu à un remboursement… Comme un bagage. Comme une valise. Comme un objet substituable.

Tant que la législation et les mentalités continueront à voir l’animal de cette manière, le deuil animalier continuera d’être perçu comme secondaire.


Des rituels pour retrouver du pouvoir dans l’impuissance

La mort a ceci de violent : elle interrompt, elle impose, elle désorganise, elle prend. Le rituel, lui, redonne un geste. Il rend la main. Il apaise. Il rend visible ce qui aurait pu rester silencieux. Les rituels ne font pas disparaître la peine, ni oublier mais ils donnent au deuil et à notre souffrance une forme supportable.

Irène nous partage le sien : une dernière nuit ensemble. Elle récupère le corps de son animal décédé chez le vétérinaire, elle le ramène à la maison, le dépose dans son panier, entouré des autres animaux de la maison pour un dernier dodo chez lui.

Ce moment permet à l’animal de faire « corps » avec sa famille jusqu’au bout et aux vivants de comprendre, d’intégrer, d’amorcer la séparation. Vous pouvez aussi garder une touffe de poils ou l’empreinte d’une patte.

Enfin, comme nous allumerions une bougie un être cher décédé, nous pouvons le faire pour notre animal : pour l’honorer, comme un fil tendu, un trait d’union entre lui et nous. Une lumière qui nous fait du bien et nous réchauffe mais qui lui est dédiée.


Accueillir un nouvel animal ?

Une question revient sans cesse : « Quand pourrai-je adopter un nouvel animal ? »

La réponse de l’un ne sera pas celle de l’autre. Il n’existe pas un timing valable pour tous et toutes. Mais Irène nous offre un point de repère important. La question à se poser est :

Est-ce que je veux reprendre un animal pour recevoir et combler mon vide ?
Est-ce que je veux reprendre un animal parce que je suis prêt(e) à donner à nouveau ?

Si vous répondez oui à la première question, il est probable que cela ne soit pas le bon moment car chaque animal est unique, chaque relation est singulière et chaque histoire est irremplaçable. Dans cette perspective, vous risquez de projeter des attentes et de comparer votre nouvel animal à l’ancien et ne pas l’aimer pour ce qu’il a à vous offrir mais rechercher une ancienne relation qui n’existe plus.

Néanmoins, il est possible d’être triste d’avoir perdu son animal et heureux d’en accueillir un autre. Si vous êtes prêt(e) à redonner de l’amour et à vous investir dans une relation nouvelle sans rechercher ce qui n’est plus, ce n’est pas une relation pansement ou un remplacement, c’est une nouvelle histoire.


Cet épisode avec Irène Combres est une invitation à repenser notre rapport au vivant, honorer nos compagnons animaux, légitimer cette souffrance et se donner la permission d’être triste, ritualiser ce passage, et finalement, reconnaître le deuil animalier pour ce qu’il est : un deuil authentique, légitime, fondé sur l’amour.


Écoutez l’épisode 128 pour reconnaître le deuil animalier


En savoir plus sur Sonothérapie • Expression émotionnelle • Développement des compétences psychosociales

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire