Briser le silence : ces espaces où la mort redevient humaine

Quand le deuil se partage autour d’un verre (avec ou sans alcool)

C’est le pari audacieux et profondément humain des Apéros de la Mort (dont j’ai déjà parlé avec Sarah Dumont, fondatrice de HappyEnd l’Asso dans l’épisode n°36).

, ces rencontres conviviales où l’on se retrouve, souvent entre inconnus, pour aborder un sujet universel, intime et pourtant si tabou : la mort, le deuil, la fin de vie.

Dans l’épisode n°123 du podcast Holi&Thanato, trois participants, Catherine, Floriane et Jean-François, partagent leurs vécus d’endeuillés et racontent comment ces moments collectifs ont soutenu leurs chemins de deuil en transformant leur rapport à la mort, à la vie, et au lien social.

Car oui, parler de la mort autour d’un apéritif, c’est possible. Et même plus que ça : c’est libérateur, consolant, profondément vivant.


Une société qui évite la mort

Notre société a souvent du mal à faire une place à la mort. On la cache derrière des portes d’hôpitaux, on la tait dans les conversations, on la gomme des réseaux sociaux. Pourtant, elle traverse nos vies, nos familles, nos histoires y compris nos sphères professionnelles.

Et quand elle survient, le deuil devient une expérience solitaire, parfois honteuse. Les endeuillés racontent souvent le même sentiment : celui d’un décalage avec le monde. La vie continue autour d’eux, vite, bruyante, alors qu’intérieurement, tout s’est arrêté. C’est justement pour offrir cet espace de parole que les Apéros de la Mort ont vu le jour. Pas pour dramatiser la mort, mais pour l’apprivoiser ensemble.


🍷 Les Apéros de la Mort : un concept simple, un impact profond

Les Apéros de la Mort sont nés sous l’impulsion du sociologue suisse, Bernard Crettaz, fondateur des premiers Cafés Mortels. Son idée était simple : créer un cadre convivial pour parler librement de la mort, sans tabou ni jugement (je conseille la lecture de son livre, Cafés Mortels : Sortir la mort du silence 📕)

Aujourd’hui, ces rencontres se sont multipliées : café de la mort, café mortel, apéro de la mort, café deuil… Elles existent partout en France et ailleurs, notamment à Lille, où elles rassemblent des participants de tous âges et de tous horizons.

Chacun y vient avec son histoire : un deuil récent ou ancien, la perte d’un proche quelque soit le lien d’attachement, une curiosité personnelle sans avoir perdu d’être cher ou simplement l’envie de mieux comprendre le deuil. Pas besoin d’avoir vécu un décès pour venir : parler de la mort, c’est parler de la vie, d’émotions, de souvenirs.

« Au début, j’étais un peu mal à l’aise. Je me demandais comment on allait aborder le sujet. Et puis, très vite, j’ai senti une humanité immense. On parlait de la mort, mais en réalité, on parlait d’amour, de mémoire, de lien. »
— Participant à un Apéro


💬 Parler du deuil pour se sentir vivant

Les Apéros de la Mort offrent un espace rare : celui où la parole de l’endeuillé est pleinement accueillie.
Ici, on ne cherche pas à consoler à tout prix, ni à donner des leçons. On écoute. On partage. On se reconnaît dans les mots des autres. On questionne son vécu. On découvre d’autres façons de traverser le deuil. On repart avec des ressources, parfois avec de nouvelles relations.

Dans ces cercles, le deuil devient une expérience partagée. Les émotions s’entrelacent, les silences se répondent. Et peu à peu, un sentiment d’apaisement naît : celui de faire partie d’une communauté humaine qui n’a pas peur de la fragilité.

C’est sans doute là la plus belle fonction des Apéros de la Mort : rompre l’isolement, permettre aux endeuillés de retrouver du lien social et de reprendre souffle.


Pourquoi est-ce si difficile ?

Les psychologues et les accompagnants du deuil le constatent tous : nous vivons dans une époque où la mort est devenue taboue. Notre culture occidentale valorise la jeunesse, la performance, la vitesse. Or, la mort, elle, ralentit, fragilise, déconstruit. Elle nous renvoie à notre impuissance, à ce qu’on ne peut ni contrôler, ni réparer.

Résultat :

  • On évite le sujet dans les conversations.
  • On change de sujet quand quelqu’un évoque la perte d’un proche.
  • On demande rarement à une personne endeuillée comment elle va vraiment.

Les Apéros de la Mort viennent bousculer cette culture du silence. Ils rappellent que parler de la mort, ce n’est pas être morbide : c’est oser regarder la vie en face.

Chaque participant au podcast l’a exprimé différemment, mais avec une même sincérité : le deuil transforme. C’est une traversée qui nous vide, nous questionne.

Le deuil n’est pas une maladie, ni un état figé. C’est un processus d’adaptation naturel à la perte : on apprend à vivre avec l’absence, à redéfinir son lien avec la personne disparue.

Les Apéros de la Mort permettent de poser des mots sur cette expérience. Ils rappellent que chaque deuil est unique et qu’il n’y a pas de bonne manière de pleurer, pas de délai “normal” pour aller mieux.


Les bienfaits :

Les participants évoquent souvent plusieurs bénéfices après avoir assisté à ces rencontres :

  1. Rompre l’isolement : Le deuil isole, surtout dans une société où il n’a plus de place publique. Participer à un apéro de la mort, c’est retrouver une communauté d’écoute, sans hiérarchie ni rôle à tenir.
  2. Se sentir légitime : Combien d’endeuillés se sentent coupables de leur douleur, surtout après plusieurs mois ? Ici, aucune injonction à “passer à autre chose”. Chaque émotion est accueillie comme une étape légitime du chemin.
  3. Recréer du lien social : Ces apéros tissent des ponts : entre générations, entre parcours, entre croyances. Ils redonnent du sens à la solidarité humaine, dans un monde souvent fragmenté.
  4. Apprivoiser la mort : En parlant de la mort, on la dédramatise. Elle reste mystérieuse, mais elle fait un peu moins peur.

“La mort, c’est le seul sujet qu’on partage tous. En parler, c’est se relier à notre humanité”

Les témoignages dans l’épisode n°123 du podcast Holi&Thanato montrent que les Apéros de la Mort ne sont pas des lieux sombres : ce sont des espaces vivants, humains, chaleureux, où le silence se transforme en parole, et la peur en compréhension.

Ils rappellent que le deuil n’a rien d’anormal. Il fait partie de la vie et qu’en parler peut nous soutenir et nous aider à traverser ce chemin.


🌺 Créer une culture du deuil

Dans une société où tout va vite, prendre le temps de parler de la mort est un acte de résistance. C’est refuser la superficialité, choisir la profondeur, le vrai. Les Apéros de la Mort nous invitent à recréer une culture du deuil, une culture de la présence et du soin. À redonner au mot “endeuillé” sa dignité, à l’expérience de la perte sa place dans la vie.

C’est la possibilité de faire communauté autour du manque, de redonner du sens à nos pertes, et de réenchanter notre humanité. Et si, finalement, parler de la mort ensemble, c’était aussi apprendre à mieux aimer ?

🎧 Écoutez l’épisode 123 pour découvrir les coulisses d’un apéro de la mort grâce aux témoignages des participants


En savoir plus sur Sonothérapie • Expression émotionnelle • Développement des compétences psychosociales

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire