Le cimetière, pour vous, c’est quoi ? Un lieu triste, vide, figé ? Des espaces souvent excentrés, oubliés ?
Si vous deviez donner un qualitificatif au cimetière, le mot « vie » vous viendrait-il en premier ?
Non, et pourtant, pourquoi pas ?
Alors si on changeait de regard ? Si on rendait les cimetières vivants ?

Nos moeurs changent, notre société évolue, et alors que la laïcité et l’écologie gagnent du terrain, nos pratiques funéraires se transforment. Qu’en est-il de ces lieux qui accueillent nos morts ?
Les cimetières sont des miroirs silencieux de nos sociétés. Ils témoignent, à travers leurs formes, leurs usages et leurs emplacements, de nos valeurs, nos croyances, nos rapports au corps, à la nature, à la mémoire, à la mort et à la vie. Autrement dit, ils racontent nos mutations : écologiques, spirituelles, culturelles, philosophiques.
Dans l’épisode n°103 du podcast Holi & Thanato, avec Hélène Chaudeau, on ouvre grand les grilles du cimetière — pour y faire entrer l’écologie, la diversité, la symbolique, et même… un peu de poésie. Elle nous invite à repenser le cimetière comme un lieu de vie, de mémoire et de lien.
Conseillère funéraire de formation, elle accompagne aujourd’hui les municipalités dans la conception d’espaces funéraires plus adaptés aux enjeux contemporains.
Le cimetière, témoin de l’évolution sociétale 🪦
De l’espace communautaire à un espace logistique
Traditionnellement, les défunts étaient enterrés autour de l’église, dans un espace sacré, en lien avec l’attente d’un repos éternel et d’une rédemption chrétienne. Il s’agissait souvent de sépultures familiales, modestes et insérées dans le tissu du village.
Au fil du temps et avec la sécularisation progressive des sociétés, le cimetière s’est éloigné des centres-bourgs pour se retrouver en périphérie des villes. La perte du sacré a transformé le cimetière devenant un espace minéral, souvent peu arboré, conçu avant tout pour gérer la décomposition des corps – de la dépouille jusqu’à l’os blanc – avant un éventuel transfert à l’ossuaire.
Puis sont nées les concessions perpétuelles. Ce qui a eu pour conséquence des tombes figées dans le temps, une saturation des espaces, et des cimetières qui ne peuvent plus respirer. Pourrions-nous dire alors que le cimetière est un lieu de mort devenu sans vie ?
des Mutations des pratiques funéraires
Alors que par le passé, nous évoquions le salut et le repos éternel et que nous étions inhumés dans un cercueil, lui-même dans un caveau surplombé d’un monument minéral.
Aujourd’hui, les croyances évoluent et les attentes changent : cycle naturel, retour à la terre, la mort au service du vivant… Des innovations voient le jour comme :
➤ Des pratiques funéraires plus écologiques
- Inhumation en pleine terre, sans caveau ni monument,
- Crémation, suivie de la dispersion des cendres dans un jardin du souvenir ou en nature,
- Terramation ou humusation : transformation du corps en compost utile à la terre, à même la terre, dans un caisson fermé ou hors sol, plusieurs propositions sont à l’étude. Vous pouvez vous renseigner au près du collectif Humo Sapiens)
- Aquamation : une « crémation par l’eau » avec un processus chimique respectueux de l’environnement qui permet de dissoudre les chairs et d’arriver à l’os blanc (une vidéo pour en savoir plus sur ce sujet)
- Promession : lyophilisation du corps par le froid avant sa désintégration. Cette pratique est à l’initiative d’une biologiste suédoise et des prometariums existent en Afrique du Sud, Corée du Sud ou encore au Royaume-Uni. Mais la France, quant à elle, avance à petits pas sur les innovations relatives au funéraire.

➤ Des nouvelles formes d’espaces funéraires
- Cimetière minéral : classique, pierreux, peu végétalisé,
- Cimetière paysager : conçu comme un jardin à l’anglaise où la tombe s’intègre à un cadre végétal, c’est le cas du Père Lachaise ou celui de Clamart,
- Cimetière naturel : où les sépultures sont discrètes pour rendre hommage de manière végétalisée. C’est le cas aux Pays Bas ou au cimetière du Souchet à Niort. La différence majeure avec le cimetière paysager réside dans une charte précise : le cercueil ne doit pas être traité, il ne doit pas y avoir de monument en granit ou encore le défunt ne doit pas avoir de soins de conservation.
- Forêt sanctuaire ou forêt cinéraire : ici pas d’inhumation de cercueils, mais il est possible de disperser les cendres sous les arbres ou inhumer une urne. C’est le cas en Alsace à Muttersholt et nous en parlions aussi avec Alexia Willems dans l’épisode n°98.
A travers cet état des lieux, nous pouvons voir que nos cimetières changent. D’ailleurs, pour Hélène Chaudeau, cette transformation ne doit pas être que logistique ou écologique, elle peut aussi être philosophique afin que le cimetière devienne un lieu pour penser la finitude, accompagner le deuil individuel autant que collectif.
Penser l’avenir : un cimetière désirable ⚰️
ou remettre de la vie dans la mort et de la mort dans la vie.
➤ Un outil pour penser la finitude
Et si on acceptait que l’oubli fait partie du cycle de la vie ? Que la mémoire n’est pas figée dans une pierre, mais qu’elle peut évoluer, se transmettre autrement ?
Aller à l’ossuaire municipal, ce n’est pas oublier. C’est changer de regard sur la mémoire, comme on honore les anciens d’un village sans forcément se souvenir de leurs noms.
➤ De la mémoire individuelle à la mémoire collective
Le cimetière peut devenir un lieu de vie sociale c’est-à-dire un espace de lien intergénérationnel, un lieu de transmission, de réflexion sur notre finitude. Cela nous invite à remettre de la proximité avec le cimetière mais ne plus le maintenir à distance de nos vies. Ne pourrions nous pas nous inspirer d’autres cultures comme les traditions mexicaines, si joliment illustrées dans le film Coco ?
➤ Vers des pratiques plus inclusives et respectueuses du vivant et du vivre ensemble
Aujourd’hui encore, nous entretenons la croyance que, pour respecter la dignité du défunt, le cimetière doit être propre autrement dit, nettoyé de ces « mauvaises herbes ». Les citoyen.nes ne sont pas tous d’accord sur ce sujet, alors comment fait-on pour vivre ensemble y compris au cimetière ?
L’entretien d’un cimetière ne devrait pas viser à tout lisser et à détruire la moindre « mauvaise herbe ». D’ailleurs dans « entretien« , nous entendons « entretenir » soit prendre soin ou être « entre les siens ». En observant la végétation, en laissant la biodiversité s’installer et en cherchant à la comprendre, c’est aussi une façon d’apprendre à vivre ensemble, à vivre avec la vie et à vivre avec la mort.
A ce propos, chaque année a lieu le printemps des cimetières. Cette année, la biodiversité est le thème mis à l’honneur. C’est une belle occasion pour les communes, les citoyens et les professionnels de repenser ensemble la place de la nature et du vivant dans nos lieux de mort.

🎧 Écoutez l’épisode n°103 pour réfléchir au cimetière d’hier et de demain dans une dimension plus écologique, humble et vivante.
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