Faire le deuil de ses parents : une démarche incomprise

Entre ceux qui invoquent les liens familiaux sacrés : « On doit tout à ses parents »,
Ceux qui considèrent cette rupture comme un acte d’ingratitude sans prendre en compte les traumatismes qui ont motivé cette décision : « C’est indigne et irrespectueux« 
Ceux qui banalisent l’impact émotionnel : « Tu es égoïste« , « Tu es trop sensible »,
Le sujet des relations toxiques entre parents et enfants est encore bien trop tabou !

Logiquement, cette décision nous semble impossible et contre-nature. Pour en arriver là, il doit bien y avoir des raisons. Lesquelles ? Quitter un état de souffrance et s’autoriser à se reconstruire ? Découvrons l’histoire d’Elodie.

La précarité : Point de départ de cette rupture

Élodie est née dans une famille précaire. Quand il est difficile de joindre les deux bouts à la fin du mois, toute notre attention se porte sur notre survie, le reste étant secondaire. La notion de prendre soin de soi que ce soit au niveau de l’alimentation, de la santé ou de l’hygiène n’a pas été transmise à Élodie par manque de moyens financiers.

Quand son frère aîné décède à l’âge de deux ans dans des conditions encore inexpliquées aujourd’hui, sa mère plonge dans un profond traumatisme accordant encore moins de soins par indisponibilité émotionnelle. Les tensions du couple parental conduisent au divorce de ses parents, les trois enfants se retrouvent sous la supervision d’une assistante sociale.

Couper les liens : une décision pour se protéger

Vers 15-16 ans, Élodie va subir un abus incestueux de la part de son père, c’est une blessure supplémentaire qui bouleverse son adolescence, sa vie, sa vision de la famille et des responsabilités parentales. Elle est placée en foyer et elle prend conscience que ses parents n’étaient pas en mesure de lui offrir le soutien émotionnel et physique dont elle avait besoin en tant qu’enfant.

Marquée par de lourds sentiments d’abandon et d’insécurité, elle trouve un refuge momentané dans les addictions. Puis, elle prend une décision radicale nécessaire à sa propre survie émotionnelle : couper les liens avec ses parents.

Élodie ne veut plus souffrir de ces relations toxiques et de ces traumatismes non résolus, elle a besoin de se (re)construire, de se sentir en sécurité et d’être aimée, de prendre sa vie en mains pour avancer coûte que coûte.

Couper le lien parental entraîne le deuil de…

… l’idéal familial

En prenant cette décision, Élodie sait que ses repères familiaux vont changer mais elle sait aussi qu’ils n’ont jamais existés comme elle en avait besoin pour grandir et évoluer dans la vie.

En acceptant de couper les liens, elle fait le deuil d’une famille unie où ses parents seraient devenus grands-parents. Quand elle tombe enceinte, Élodie refuse de recréer un lien avec ses parents et fait le choix de ne jamais mentir à son fils. Pour répondre à ses questions, elle répond dans la limite de l’entendable pour qu’il puisse comprendre son histoire familiale tout en le protégeant de ce qu’elle a traversé.

… L’enfance

En devenant mère, Élodie se rend compte de tout ce qu’elle n’a pas vécu en tant qu’enfant, ce dont on l’a privée. De l’injustice s’élève quand elle réalise qu’on lui a « volé son innocence, sa naïveté, et son droit à grandir dans un environnement aimant ».

C’est à la fois un deuil et une renaissance dans laquelle elle puise de la force pour ne pas reproduire ce schéma familial et de prendre soin de son fils. Elle se souvient ne pas avoir appris à se brosser les dents avant l’âge de 8 ans quand elle est placée en foyer.

quelle perspective Après la rupture ?

Élodie n’a pas pris cette décision par plaisir, elle l’a prise par survie et par besoin de soulagement. En coupant ses liens, elle se donne l’autorisation d’avancer dans sa vie et de mettre à distance ces traumatismes familiaux pour prendre soin d’elle et guérir son passé.

Dans son témoignage, Élodie ne nourrit pas de colère ou de rancœur envers sa mère, elle devait se protéger. Elle comprend que cette dernière a fait de son mieux avec les compétences et les moyens qu’elle avait. C’est puissant, à la fois beau et déchirant, d’entendre son détachement et la force qu’elle puise dans ces mésaventures.

Il en est autrement pour son père ayant eu un comportement incestueux avec lequel elle est actuellement en procès afin de se protéger et le faire condamner pour légitimer son vécu.

Les préjugés de la société sur les liens familiaux

Après avoir osé prendre cette décision, résultat d’un long processus douloureux, Élodie doit encore faire face à certains préjugés :

  • « La famille est une unité à protéger à tout prix » : au prix de sa santé physique et mentale ?
  • « On doit tout à ses parents » : cela doit-il justifier leur toxicité voire leur dangerosité ?
  • « Tu n’as pas pensé à eux » : et eux, ont-ils pensé à leur enfant quand ils le faisaient souffrir ?
  • « C’est une décision irréfléchie » : il ne s’agit pas d’un caprice mais d’une souffrance profonde qui s’ancre souvent depuis des années et qui ose enfin s’exprimer et sortir du silence.
  • « Tu finiras pas regretter » : qu’importe que les liens soient de sang ou de cœur, pourvu qu’ils soient sincères, soutenants et authentiques.

Il est essentiel de comprendre les raisons qui poussent un enfant à couper les liens avec ses parents. La société juge facilement et de manière simpliste ces enfants qui osent prendre le risque d’être rejetés, incompris ou isolés mais libres et sereins.

Quand la décision émerge, c’est qu’il y a un besoin urgent de se protéger, de se retrouver et de guérir. Bien que ce chemin soit difficile à comprendre de l’extérieur, il est important de ne pas projeter nos expériences, nos croyances sur la famille et l’éducation, et de ne pas minimiser la gravité des traumatismes familiaux. A l’inverse, écouter avec le cœur ouvert et respectueux pour comprendre ce choix nécessaire pour se reconstruire permettra de lever les tabous.

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