Le deuil n’est pas toujours lié à la mort d’un proche. Il peut naître d’un projet abandonné, d’une rupture amoureuse, d’une perte de repères ou d’un changement brutal de vie.
Lorsqu’il n’est pas reconnu ni accompagné, ce processus naturel peut devenir un poison lent, rongeant l’équilibre mental jusqu’à provoquer des troubles psychiatriques graves. C’est ce que nous raconte Jean Guillaume dans un témoignage bouleversant sur son épisode de bouffée délirante aigue.
Ce témoignage vise à briser les tabous autour des troubles psychiatriques, à sensibiliser sur l’importance de reconnaître ses blessures intérieures et à rappeler que personne n’est à l’abri d’une rupture psychique, même sans antécédent médical. Ce n’était pas voulu mais la sortie de cet épisode concorde avec la sortie du documentaire « Santé mentale : briser le tabou » sur M6.
Que faire quand le corps et l’esprit craquent en silence ?

Une douleur qui cherche une sortie
Avant d’arriver à cette nuit où tout a basculé, Jean Guillaume nous partage le terreau invisible et fertile qui a été la source de ce basculement psychique. Cette crise de bouffée délirante aigue a été le point culminant de deuils non reconnus dont des projets avortés et une fin de relation qui ont mis fin à des futurs projetés, ainsi qu’un épuisement professionnel et un isolement social en raison du confinement.
Souvent, nous avons le réflexe de minimiser « ça va aller, il y a pire dans la vie, je vais me reprendre« . On ne prend pas le temps d’accueillir, on ne prend pas la peine de poser les mots pour nommer ce qui est vécu. On met sous le tapis et on cherche à taire notre souffrance intérieure, voire à l’anesthésier.
Ne pas écouter, reconnaître et traverser consciemment nos pertes et les deuils de nos vies est sûrement un grand défaut de l’être humain. Le « deuil refoulé » devient comme un poison lent où la douleur psychique ronge notre équilibre mental et l’épuisement émotionnel prend place de manière insidieuse.
Dans le cas de Jean Guillaume s’ajoute l’isolement dû au Covid. Ce gel forcé des activités devient un catalyseur : il change d’habitudes (plus de sport et de nouveaux types de méditation), il dort moins et perd son rythme habituel. Cette hyperactivité n’est pas anodine. Son cerveau vit une accélération cérébrale : l’esprit s’emballe, perd pied, s’embrouille jusqu’à l’explosion.

Le basculement vers la bouffée délirante aigue (BDA)
Le 7 mai 2020, dans la nuit, Jean Guillaume vit une bouffée délirante aigue (BDA), une crise psychotique soudaine, intense, marquée par des hallucinations, de la paranoïa, et une perte totale de repères.
Il suspecte un piratage des développeurs de son entreprise et perçoit sa vie en danger. Encore aujourd’hui, il ignore ce qui a été la réalité et ce qui s’est vraiment passé quand il était seul. Ce soir là, il trouve refuge chez un bon ami qui comprend, face aux choix et discours incohérent de Jean Guillaume, qu’il y a un problème. Jean Guillaume finit par être interné d’office en psychiatrie et peu à peu, il va prendre conscience du gouffre dans lequel il est tombé et duquel il va devoir remonter.
Cette phase de délire marque à la fois, et paradoxalement, le point de rupture et le début d’un chemin de reconstruction. Ce que le corps et l’esprit n’avaient pas pu exprimer autrement, la crise l’a hurlé.
hospitalisation et prise de conscience
Comme il l’exprime à la fin de l’épisode, Jean Guillaume a énormément appris sur lui-même, sur ses limites et sa santé à travers cette expérience de vie. Lors de son hospitalisation et après avoir retrouvé ses esprits, il comprend que ce n’est pas la crise qui est folle, mais le silence autour de la souffrance.
Cette bouffée délirante aigue n’est ni un hasard ni une fatalité. Elle peut s’expliquer comme le résultat d’un empilement de douleurs non vues, non dites, non prises en charge. La clé de sa guérison passe par une relecture sincère de son passé : ses deuils, ses blessures, ses exigences, son besoin de contrôle…
Avec l’aide de professionnels et de ses proches, il accepte de ralentir, d’écouter ses émotions, de regarder ses vulnérabilités, ses zones d’ombre. Pour ne pas sombrer à nouveau, il essaie de comprendre et d’apprendre de ce vécu pour éviter de créer d’autres bombes à retardement. C’est dans ce mouvement de vérité que naît sa reconstruction.

De la crise à la transmission
Bien qu’il n’ait pas eu de séquelles de cette bouffée délirante aigue, son chemin de reconstruction sera long. Pendant 4 ans, il vivra des hauts et des bas émotionnels, des moments de joie, des projets, des voyages mais aussi des états de léthargie et une dépression post-bouffée délirante aigue.
Aujourd’hui, ses proches disent qu’il est redevenu lui-même mais, une chose à changer : son envie de transmettre et d’en parler à un maximum de personnes autour de lui.
Il veut rappeler que nous pourrions tous et toutes un jour être témoin d’une personne qui décroche et qu’il n’est pas obligatoire d’avoir des antécédents familiaux au niveau psychologique ou psychiatrique, au contraire. Personne n’est immunisé et ce type de récit peut arriver à chacun d’entre nous à n’importe quel moment de notre vie.
Pour autant, ces événements psychiatriques ne sont pas (que) des fins en soi. Ils peuvent aussi être le commencement d’une nouvelle vision de la vie et d’un nouveau fonctionnement dans lequel :
- Nous sortons nourris et grandis car, nous sommes plus équipés pour identifier certains signes précurseurs d’un trouble psychologique ou psychiatrique,
- Nous sommes plus humbles car nous savons que nous ne contrôlons pas tout et qu’il est bon de demander de l’aide car notre santé physique comme mentale n’est pas négociable.
Le récit de Jean Guillaume est destiné à alerter sur la nécessité de prendre soin de sa santé mentale et met en lumière le fait qu’un événement de perte (et donc de deuil) mal accompagné peut entraîner un effondrement mental. Alors que le deuil est souvent minimisé, expédié et invisibilisé dans notre société, il est urgent de :
- Reconnaître le deuil dans toutes ses formes (séparation, perte d’emploi, changement de vie…).
- Accompagner les personnes endeuillées avec bienveillance, sans jugement.
- Former les professionnels de santé, du social et de l’éducation à ces dynamiques de vulnérabilité.
- Briser les tabous autour de la souffrance psychique.

En conclusion :
Ce témoignage est à la fois un cri d’alerte et un message d’espoir. C’est une invitation à la vigilance pour dire que parler de ses blessures n’est pas une faiblesse mais peut sauver des vies. Dans une époque marquée par l’individualisme et la recherche de performance, il est vital de réhabiliter la parole sur la santé mentale et le deuil.
N’oublions pas que le deuil n’est pas qu’une affaire de mort physique, mais aussi de renoncements, de rêves abandonnés, de liens brisés. Et ne pas les honorer, c’est risquer de les voir exploser autrement — parfois dans la violence d’une crise psychotique.
🎧 Écoutez l’épisode 104 et ouvrez les yeux sur la santé mentale
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